vendredi 27 avril 2012

Au bout de nos nuits... la lumière!

Pâques est une période étonnante. "La résurrection? comment peut-on encore y croire?", pourrait-on penser. Oui c'est vrai, cette nouvelle nous dépasse; oui c'est vrai, cette nouvelle est in-croyable, on ne peut pas y croire, surtout dans notre société hyper-rationnelle et hyper-scientiste; oui c'est vrai, cette nouvelle ne tient qu'à un fil, celui du témoignage des disciples ("ceux qui apprennent") devenus, après la rencontre avec le Ressuscité, des apôtres ("envoyés"). Incroyable, impensable, inimaginable, dans notre monde qui cherche à tout comprendre, à tout maîtriser, à tout analyser et connaître.


Après la nuit... la lumière surgit !

Et pourtant. Et pourtant tout autour de nous la nature revit. Les arbres fleurissent, la verdure verdoie, le ciel bleuoie, l'eau ba doie et même le Lausanne Sport finit par gagner (sic!). Finir l'hiver et les gros pulls, sortez les shorts et la crème solaire ! Après la nuit et le froid, la lumière surgit enfin. Et si c'était vrai, au fond, cette histoire de résurrection ? Et si au fond on ne maîtrisait pas tout, on ne pouvait pas tout comprendre, mais qu'au fond il y aurait un bout de lâcher prise à vivre dans nos vies pour expérimenter cette résurrection ?

Trois jours qui nous apprennent la patience

Cette année, j'ai eu la chance de vivre un vieux rêves: un pèlerinage de la nuit de Pâques. Avec des jeunes de la région, nous avons traversé cette belle région de Lavaux, de nuit, à la lumière de nos flambeaux extra-rapides-à-brûler-de-chez-Jumbo et un-peu-moins-extra-rapides-à-brûler-de-chez-Brico-Coop. De nuit, nous avons marché, comme parfois c'est dans la nuit que l'on a l'impression de marcher dans nos existences. Nous avons traversé des vignobles, des villages, des forêts, de nuit, comme dans nos vies nous traversons des périodes angoissées, tristes, et même endeuillées. De nuit, nous avons chanté aussi, par les chants gospel, notre espérance. Et finalement, la nuit, ce symbole de toutes nos peurs, des toutes nos tristesses, de tous nos deuils, a finit par laisser place à la lumière, dans la joie pascale partagée par une cinquantaine de personnes à Crêt-Bérard. Le jour avait point. Il y eu un soir, il y eut un matin, ce verset de la Genèse qui redit toute notre espérance...

Pas magique

Dans nos vies, on aimerait bien que la résurrection, ce soit magique, à la A rit Peau terre, magique et immédiat. Mais quand il y a quelque chose de dur à accepter dans sa vie, un deuil à faire, d'une personne ou d'un genou, un projet qui tombe à l'eau, un enlisement chronique dans l'inertie, la résurrection de Jésus est là pour nous rappeler quelque chose de très simple, mais que l'on oublie souvent: Jésus, dans les récits des Evangiles, a mis trois jour avant de ressusciter. Ces trois jours, c'est le vide, l'absence, le deuil. Ces trois jours, ils nous apprennent la patience, dans nos vies, dans nos projets, dans nos deuils.

Oui, après la mort, d'une personne, d'une relation, d'un projet, vient la résurrection. La vie est plus forte que la mort. Encore faut-il être patient pour l'expérimenter. Et vous, avez-vous expérimenté une sorte de résurrection dans vos vies?

Et pour la route, voici un gospel que j'avais chanté pendant mes études à Manchester I'm trading my sorrows, gospel d'espérance et de résurrection!

lundi 16 avril 2012

"I have a dream": what is your dream ?

De retour d'une semaine de camp de KT dans les Cévennes, encore une fois, je n'en ressors pas indemne. La semaine, malgré le temps mitigé, fut belle, et les jeunes comme souvent touchants, beaux à leur manière, et pourtant si fragiles. De quoi sera fait leur avenir ? Comment vivre dans notre société où les places sont chères ? et quels sont nos rêves pour aujourd'hui et pour demain?

Des visages, des figures... de résistance

Le thème du camp était "vivre... la liberté", ou plutôt "la libération" et son mouvement. Vivre la libération et être protestant aujourd'hui, voilà deux beaux défis pour nous, hommes et femmes du XXIe siècle. Une semaine durant, nous avons donc revisité les grandes figures du protestantisme et leur combat:
- Martin Luther contre les indulgences des "papistes"
- Marie Durand - femme protestante emprisonnée pendant 38 ans dans la tour de Constance à Aigues-Mortes - résistant contre les catholiques lors des guerres des religions en France
- le pasteur André Trocmé et sa résistance lors de le Seconde Guerre mondiale au Chambon-sur-Lignon pour sauver des enfants juifs
- Martin Luther King et le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis
- etc. etc.

I have a dream, haranguait MLK. Un rêve qui est devenu progressivement réalité le jour où la ségrégation a pris fin, le jour où l'égalité - plus ou moins réelle - a été proclamée entre noirs et blancs, le jour où un noir est parvenu à la Maison Blanche. Un rêve dans lequel nous so

mmes, aujourd'hui. Joie de se rendre compte que l'espoir des chants gospel n'est pas resté vain, émotion profonde d'une injustice annihilée.

Quels rêves ? Quel combat ?

Et pourtant.

Et pourtant je ne puis éviter cette question: de quoi rêvent les jeunes générations d'aujourd'hui ? Quel est le combat qu'elles sont appelées à mener ? Dans la tour de Constance, là où Marie Durant a résisté de tout corps et de tout son coeur, j'ai insisté sur son combat: un combat existentiel, spirituel, où sa vie était en jeu.

Un combat existentiel, un peu comme les protestants (et tant d'autres) français face aux nazis. Je me suis souvent dit que si j'avais pu vivre en 39-45, j'aurais aimé résisté avec mes frères et soeurs juifs (mais qui sait comment j'aurais réagi, comme le dit la chanson "Si j'étais né en 17 à Leidenstadt" ?). Je me suis souvent dit que si j'avais pu vivre aux Etats-Unis dans les années 1950, j'aurais aimé résisté avec mes frères et soeurs de couleur. Si j'avais vécu en 68, j'aurais pris des pavés, si j'avais été allemand en 89 je me serais battus pour la liberté, si...

Une jeunesse sans rêve ni combat

Aujourd'hui, de quoi rêvent les jeunes? Pour quoi sont-ils prêts à se battre ? Pour le bonheur, alors que l'hédonisme gagne de plus en plus de terrain et devient le but numéro un de tout être humain ? Pour l'individu, alors que l'individualisme gagne de plus en plus de terrain dans notre société ? Notre société est devenue une société "a-onirique", sans rêve ni combat substantiel. L'écologie, l'injustice ou la pauvreté ? Honnêtement, les jeunes - et moi le premier - sont-ils prêts à changer radicalement leur consommation pour cela, par exemple en changeant d'Iphone et de technologie ? Pas sûr.

Alors certes, nous avons de la chance de vivre dans un pays prospère, en paix, où règne la justice et la démocratie. Certes. Mais pour notre jeunesse, qui passe ses semaines sur Facebook à déprimer des études et du travail d'une part et à se réjouir des week-ends et des vacances (loisirs et beuveries) d'autre part, quel avenir et quelle place dans notre société? Notre jeunesse n'aurait-elle pas cruellement besoin d'un combat qui l'unifie, un combat existentiel, spirituel, où les valeurs notamment chrétiennes seraient au centre ?

What we obtain too cheap, we esteem too lightly: 'tis dearness only that gives everything its value. Heaven knows how to put a proper price upon its goods; and it would be strange indeed if so celestial an article as FREEDOM should not be highly rated.”
― Thomas Paine, The American Crisis

Dimanche, les présidentielles en France mettront au centre la question de nos valeurs: pour quoi êtes-vous prêt à vous battre? Se battre pour ce qui nous est cher, se battre pour la libération, se battre pour la Vie. Pour continuer à rêver, à espérer, ensemble, jeunes et vieux.
Car ma vocation, c'est d'accompagner ces jeunes où qu'ils en soient, quoi qu'ils fassent, et de leur redire l'amour de Dieu pour eux. Mais comment le leur redire au milieu d'une cacophonie post-moderne où tout est asceptisé ?

Pourquoi un blog?

J'ai beaucoup réfléchi. L'idée me trottait dans la tête depuis quelques temps déjà, notamment depuis une matinée organisée par notre Eglise au sujet des nouvelles technologies. "Un blog, ce serait sympa", je me suis dit dans le secret de ma tête. Sympa, certes. Mais au fond, pourquoi blogger? Tenir un blog, pourquoi? Et surtout pour quoi, et pour qui?

Je n'ai pas de réponse à ces questions. Pas de réponses, si ce n'est mon envie d'écrire, de mettre des mots sur la réalité que je traverse et qui me traverse, sur les prises de conscience que je peux vivre en tant que jeune pasteur, dans une société du XXIe siècle déchristianisée pour ne pas dire a-religieuse. L'envie, humblement, de partager mes réflexions sur ma route qui ne saurait être ni exemplaire ni particulière, mais l'existence d'un jeune pasteur décodant (mon clavier voulait écrire "déconnant"...) la société post-post-moderne et en particulier ce que les jeunes peuvent attendre de celle-ci, rêvant l'Eglise et le monde de demain. Partager les réflexions et textes qui m'ont touché, et susciter, pourquoi pas, d'autres réflexions, susciter le débat, susciter la vie. Car de nos jours, nous ne pouvons plus nous passer d'internet pour communiquer, pour partager, pour dialoguer. Alors si grâce à ce blog je parvenais à créer un espace de réflexion, de partage et de dialogue, ce serait déjà ça de gagné!

D'avance merci, merci d'avoir en premier lieu atterri ici et merci, si le coeur vous en dit, de réagir à mes articles. Ainsi vous contribuerez vous aussi au développement de ce partage qui nous rend plus riches et plus libres, j'en suis convaincu.