mardi 23 octobre 2012

Donner de soi pour... le Christ!

(clic ici avant de commencer)

Parfois, dans ma vie de jeune ministre, je me demande pourquoi je mets tellement d'énergie dans cette vocation. Parfois non: parfois je sens au fond de mon coeur que tous les efforts, toutes les heures passées sur l'ordi à faire de l'administratif, des mails, de la pub FB, les heures passées dans les magasins, devant le budget ou dans les séances de préparation, tout cela n'est pas vain, au contraire... Quelle joie de vivre cette communion avec des jeunes qui découvrent le KT, les camps, et peut-être, pour un bout, le Christ! Joie du Christ qui abonde, qui inonde, qui féconde. Joie de se poser des questions, existentielles, autour du thème "Naître, vivre, mourir, ressusciter...?". Joie de vivre, simplement, le moment présent, d'en jouir, comme dirait l'Ecclésiaste...

De tels jours sont autant de bénédictions sur ma route de jeune pasteur, route qui est parfois quelque peu sinueuse (cela secoue un peu, et pas que dans les commentaires de mon blog). Oui, ce sont des jours bénis, car en dépit de tout ce que l'on peut dire, débattre, argumenter, attaquer, le Christ, celui qui a été relevé d'entre les morts, est bien là où deux ou trois sont rassemblés en son nom. Et cela VAUD tout l'or du monde, en particulier à VAUDmarcus...

Un camp est né!

Le camp KT 9 de Vaumarcus est donc né dimanche 14 octobre 2012, il a vécu du 14 au 19 octobre, date de sa (belle) mort. Et nous avons bon espoir qu'il ressuscite l'an prochain, toujours autour de ces thèmes à la fois parfois dérangeants, voire choquant, et à la fois si importants, qui nous touchent tous de près ou de loin. Quelle belle semaine nous avons vécue! De la naissance à la mort, avec un témoignage poignant autour de la résurrection et une célébration de "l'aube de Pâques" au petit matin (lever du jour) autour du feu, des parties sportives et ludiques aux lumineux délires dé-spot-iques, de la coupe des bunches à la délicieuse cuisine des Leumann, du cadre idyllique de Vaumarcus à la joie de la vie en communauté, etc. Oui tout cela en valait la peine et de voir les jeunes qui petit à petit s'ouvrent et se lâchent (prout), s'impliquent, réfléchissent, partagent, vivent quoi, c'est beau!

Du côté chance

La question, au fond, est la suivante: que suis-je prêt à donner de moi-même pour le Christ? Au fond, ne sommes-nous pas né "du côté chance de l'histoire", comme le dit Grand Corps Malade? Oui, mais, au fond toujours, n'est-on pas tous appelé à en faire quelque chose, de ce côté chance, dans nos vies ? Et vous, et toi, et moi, que faire de cette chance?


lundi 1 octobre 2012

Bénédiction de couples homosexuel: la controverse

Lundi, mon jour de congé. Je surfe tranquillement sur internet, quand je vois le dernier article de protestinfo, agence de presse protestante, qui annonce que le Conseil Synodal de mon Eglise, l'EERV, va proposer un projet pour des rites de bénédiction de couples homosexuels (pacsés) : http://www.protestinfo.ch/201210016226/protestants-vaudois-benir-couples-pacses. Je partage simplement l'article sur mon mur de Facebook, tout en m'abstenant de prendre position. Quelques heures plus tard, en rentrant de la déchetterie et sortant de mon bain bienfaisant, je vois les commentaires incendiaires en réaction à la dépêche, où le ton est monté très rapidement.

Du coup, je prends ma plume sur mon blog, car je réalise l'importance d'avoir un débat de fonds sur cette question, non seulement dans notre Eglise Evangélique Réformée du Canton de Vaud (EERV), mais aussi dans NOS Eglises, dans le dialogue oecuménique pour lequel je suis passablement engagé.

Une question controversée qui mérite un réél débat

Cette question de l'homosexualité en régime chrétien m'a toujours habité. Depuis cette soirée où, alors encore étudiant en théologie, j'avais réagi à une convive pour qui il était impossible d'être à la fois homosexuel et chrétien, et qui voulait prier pour leur guérison, je n'ai cessé de m'intéresser à cette problématique: vraiment, que dit la Bible au sujet de l'homosexualité? Parle-t-elle de la même réalité que la notre? En contact avec des nombreuses personnes homosexuelles, également dans l'Eglise (jeunes, couples, et même des pasteurs!), je trouve que cette question mérite un débat, réel et profond, dans lequel la position de chacun puisse être respectée, quoi qu'il arrive.

Une blessure oecuménique

Car il est évident que ce sujet est hautement controversé et demeure le principal point de blessure dans le dialogue oecuménique et la recherche de l'unité (mais n'est-ce pas aussi cela, la recherche de l'unité: accepter les différences chez les autres, même celles qui nous font mal, et continuer le dialogue pour avancer ensemble sur le chemin de l'Eglise ?). Comme je l'écrivais dans mon mémoire Quel avenir pour l'oecuménisme au XXIe siècle, l'exemple du Canton de Vaud (2009):
Plus qu’ailleurs, ces questions[de bioéthique et de sexualité] qui créent de grandes divisions semblent être insurmontables. Il est essentiel que le mouvement œcuménique puisse continuer à faire du chemin dans le dialogue et le respect de l’autre chrétien.  A ce titre, il me semble tout à fait crucial que l’autre qui se présente comme chrétien, même s’il détient une position éthique différente de la mienne, soit tout de même accueilli et reconnu comme « chrétien » dans un dialogue. Sans cela, en prétendant par exemple qu’un soi-disant chrétien qui prône l’avortement n’est pas un vrai chrétien, l’œcuménisme va à sa perte. C’est par le dialogue, la prière et la confiance en l’action de l’Esprit Saint que l’œcuménisme pourra avancer, en particulier dans cette épineuse question de l’éthique sexuelle et la bio-éthique.
Quelle homosexualité dans la Bible ?

Aujourd'hui, au risque de me mettre à dos une bonne partie de mes lecteurs, je prends ma plume pour dire courageusement ma position. Oui, malgré tout ce que l'on peut dire, je ne puis m'empêcher d'être en faveur d'une telle décision. Pour moi, la Bible (nos écritures saintes), si elle parle de violences homosexuelles, de relations "maître-esclave" où l'homosexualité (forcée, i.e. la sodomie) jouait un grand rôle (voir à ce titre L'homosexualité dans le Proche-Orient Ancien et la Bible de Thomas Römer), de manquements au niveau de l'hospitalité, ne parle pas "stricto sensu" d'AMOUR entre deux personnes du même sexe (lisons le contexte, notamment dans Sodome et Gomorrhe, qui parle d'abord d'hospitalité, en réponse à Gn 18)! Ne projetons pas notre réalité du XXIe siècle dans ces textes écrits il y a 2000 ans! La réalité de relations "homosexuelles"de l'époque ne ressemble en rien à celle que cherchent à vivre les couples gays qui veulent s'établir (je ne parle que des couples gays, non pas ceux qui cherchent des aventures, comme c'est le cas aussi chez les hétéro...).

Un amour qui peut être béni

Je suis peut-être minoritaire dans les Eglises à tenir ce discours "libéral", mais il me semble essentiel de dire que l'amour de Dieu n'est pas que pour les couples hétéro. Pour moi, pour autant qu'il soit respectueux, fidèle, durable, fécond (il y a plein d'autres fécondités que celles de l'enfantement), l'amour entre deux hommes ou deux femmes peut tout autant être béni qu'entre un homme et une femme. Le message de l'Evangile n'est-il pas pour tous? Dieu ne nous aime-t-il pas chacune et chacun, que l'on soit homo ou hétéro? Un couple gay ne peut-il pas être beau, fécond, rayonnant, tout autant (voire plus parfois) qu'un couple hétéro?

Pas un "mariage" gay ! 

Ceci dit, pour moi, le mariage garde un statut à part, et je suis tout à fait opposé à l'utilisation du terme "mariage" pour une bénédiction de couple pacés. Ce n'est pas la même chose (la diversité créatrice de la Genèse nous rappelle l'importance de cette diversité) et il convient d'être tout à fait clair là-dessus: un couple pacsé n'est pas l'équivalent d'un couple marié! Dans la même ligne, je ne suis pas non plus favorable à l'adoption pour des couples homosexuels, cela impliquerait d'autres questions anthropologiques, sociales et culturelles qui ne sont pas mures aujourd'hui (le seront-elles un jour? je n'en suis pas sûr).

Et vous? comment réagissez-vous? Peut-on être chrétien et gay? A-t-on le droit de bénir les couples homosexuels dans l'Eglise? Quelles conséquences cette décision aurait-elle?

Merci pour vos commentaires où votre ton sera, j'en suis sûr, respectueux aussi pour les autres. Nous sommes appelés à débattre dans le respect de la position de chacune et chacun. Merci de ne pas oublier que l'autre, quel qu'il soit, est comme je le disais dans mon mémoire, "Christophoros", porteur de Christ. Et comme le disait l'apôtre Paul: Ayez un même amour, un même cœur ; recherchez l'unité ; ne faites rien par rivalité, rien par gloriole, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous. (Phlp 2, 3-4)

PS: Merci à mon amie Danielle qui, d'Afrique du Sud, m'a aiguillé sur cet article concernant le fameux Desmond Tutu, favorable lui aussi aux couples gays: http://www.pinknews.co.uk/2012/07/20/desmond-tutu-anti-gay-laws-as-wrong-as-apartheid/