jeudi 24 janvier 2013

Dans une société en crise, l'unité comme seule voie de salut


Hier soir, pour terminer en beauté la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, je suis aller écouter Xavier Paillard, pasteur et vice-président du Conseil Synodal de l'EERV, et Mgr Morerod, Evêque du diocèse Lausanne-Genève-Fribourg. Une conférence intitulée "crise des valeurs, crise de l'Eglise" qui nous rappelle que, selon moi, pour émerger d'une société en crise, l'unité est la seule voie de salut.

Une société en crise

Car la société est en crise. Individualisme, consumérisme, hédonisme, anti-cléricalisme, sont des valeurs de notre société post-moderne qui, comme le disait Mgr Morerod, rejette toute institution qui prétend détenir la Vérité et ces valeurs. Aujourd'hui, à cause de cela, la dimension communautaire est en crise. Et pas seulement dans l'Eglise. Les bénévoles sont plus difficiles à trouver partout, et pas seulement pour être monitrice du culte de l'enfance. Les votations, malgré la facilité d'accès du vote, ne récoltent qu'un pourcentage de participation souvent très faible. L'engagement est toujours plus difficile, au nom de la liberté individuelle qui prime désormais sur la société collective.

Alors face à cette crise du lien communautaire, la société a besoin des Eglises. Philippe Leuba, Conseiller d’Etat, le disait à Xavier Paillard : « nous comptons sur vous (les Eglises) ; vous êtes porteurs d’une parole d’éternité dans un monde d’immédiateté ». Oui nous sommes porteurs d'un trésor, la Parole, qui est adressée au monde. Mais comment la lui transmettons-nous? 



Aujourd'hui, nous devons impérativement améliorer notre témoignage! Car l'EERV, qui était à l'époque une Eglise de territoire, par tradition, est en train de se perdre par la globalisation : on ne connaît plus ses voisins, mais on choisit ses amis à l’autre bout du monde sur Facebook (comme le disait Xavier Paillard). 

Aujourd'hui, nous sommes mobiles aussi en Eglise et de nouveaux réseaux d’appartenance se développent selon les affinités et plus seulement par conformisme selon le territoire. Le croyant a besoin de choisir là où il a envie de s’engager è paroisses profilées, lieux phares. Nous devons désormais, dans les termes de Paillard, passer à un Eglise de conviction, de témoignage. Passer à une Eglise prophétique qui appelle à la conversion (= changement de regard sur sa vie et sur sa vision de Dieu.
 

L'oecuménisme: quel rôle dans la crise ?

Aujourd'hui, selon les deux intervenants, les deux Eglises (réformés et catholiques) n'ont peut-être jamais été aussi proches l'une de l'autre, en tout cas bien plus proches l'un de l'autre que d'autres courants fondamentalistes ou charismatiques en son sein. Les instances dirigeantes travaillent main dans la main hebdomadairement, les missions communes (aumôneries) montrent que la collaboration fonctionne bien. Et sur le terrain, les paroissiens ont envie de vivre l'Evangile ensemble (voir mon billet précédent avec ce qui se passe dans ma région).

Mais aujourd'hui, nous devons nous poser cette vraie question: est-ce à l’avenir la crise va nous rapprocher ou nous éloigner ? 

Dans une société en crise, j'en suis convaincu, l'oecuménisme est la seule voie de salut pour nos Eglises. Je le disais vendredi passé: "Si nous, chrétiens de différentes confessions, ne sommes pas capables de nous aimer, de porter l’Evangile ensemble tout au long de l’année, si nous ne pouvons pas alimenter notre lampe par l’huile de notre foi et d’un engagement communs, alors quelle pertinence peut avoir encore cette « bonne nouvelle » pour le monde ?" Il n'y a pas de doute sur ce plan-là: la crise doit nous rapprocher et nous forcer à encore plus travailler ensemble, à encore plus montrer au monde un visage uni !

Rêver de relations encore plus fortes

Cela ne m'a donc pas empêcher d'interpeller les intervenants sur notre avenir oecuménique commun! Alors nous devons rêver de relations entre les deux Eglises encore plus fortes: 
- formation universitaire (partiellement) commune
- avancement dans la reconnaissance de la "légitimité apostolique" dans la question du ministère qui reste le noeud du problème ("Vous avez jeté le bébé avec l’eau du bain à la réforme", disait un prêtre orthodoxe)
- kénose institutionnelle dans une démarche d'humilité en considérant que nous ne sommes pas les seuls détenteurs de la Vérité
- etc.

La question de l'eucharistie commune, bien sûr, reste une blessure. Peut-elle être un ferment d'unité ou signifiera-t-elle l'unité achevée? Le sujet est trop sensible pour imposer notre vision. Là encore, nous devons faire la kénose (se vider) de nos prétentions de détenir la vérité... 

Surtout, n'oublions pas tous les progrès de l'oecuménisme en 50 ans, depuis Vatican II. Le temps est nécessaire au changement. Et peut-être que la crise, qui risque de s'intensifier ces prochaines décennies, nous aidera sur le chemin de l'unité. Car dans notre société en crise, l'unité est la seule voie de salut. Et nous en sommes, comme le soulignait Jean-Christophe Emery, tous les acteurs. Vous aussi.



vendredi 18 janvier 2013

"Flambeau" ou "lampe à huile" ?


Concernant l’unité des chrétiens, vous êtes plutôt « flambeau » ou « lampe à huile » ?


Aujourd’hui, nous commençons la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, et cette semaine dure… (les enfants ?) 7 jours, bien sûr. Ce matin, sur Facebook, un ami prêtre publiait cette interpellation: et si, plutôt que de faire une semaine de l’unité, eh bien une année, nous ne faisions rien pour l’unité pendant cette semaine de janvier, pendant ces 7 jours, mais nous agissions pour l’unité pendant les 51 semaines restantes ?

Oui, dans un monde idéal, ce serait bien. Car au fond l’unité, ce n’est pas seulement l’affaire d’une semaine, encore moins de quelques activités alibis une fois par an. Ce n’est pas juste un flambeau qui, il faut bien le dire (on l’a vu ce soir), se consume vite. En effet son effet est éphé… mère.

Quelle pertinence a l'Evangile si l'on ne s'aime pas entre chrétiens ?

Mais le projet de l’unité nous vient de Jésus, et de sa prière juste avant de s’en aller : « que tous soient un (…) afin que le monde croie. » (Jn 17,20-21) Si nous, chrétiens de différentes confessions, ne sommes pas capables de nous aimer, de porter l’Evangile ensemble tout au long de l’année, si nous ne pouvons pas alimenter notre lampe par l’huile de notre foi et d’un engagement communs, alors quelle pertinence peut avoir encore cette « bonne nouvelle » pour le monde ?

Et pourtant nous le savons, les temps pour l’œcuménisme sont durs. Nous avons moins de temps, moins d’énergie, et parfois c’est moins une priorité que cela a pu l’être par le passé. Le mouvement vers l’unité s’est un peu refroidi (c’est de circonstance) !

Mais aujourd’hui, le texte biblique (Phlp 4,4-9*) de cette étape finale de cette marche aux flambeaux nous invite, plutôt qu’à maugréer comme le schtroumpf grognon, à nous réjouir. A voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.

Réjouissons-nous !

Et pour vous tous, et vous aussi les enfants, qu’est-ce qui vous réjouit dans vos vies ? (un temps) Et pour l’œcuménisme, et si nous regardions la réalité en se réjouissant, plutôt qu’en se plaignant… ?

Car si l’on considère les projets d’unité, nous pouvons nous réjouir de vivre dans une telle région ! Dans mon travail de mémoire que j’avais rédigé en 2010 à la fin de mes études de théologie, j’avais dégagé 6 piliers pour que l’œcuménisme continue à vivre: la Bible, la confession de foi, la prière, l’aumône, le jeûne et le pèlerinage. Et si l’on regarde ce qui se passe par ici, en lien avec ces 6 piliers, eh bien on est déçus en bien, comme on dit !
- le pèlerinage : check, ça c’est fait !
- le jeûne check aussi, vu qu’il y a une semaine de jeûne œcuménique qui est proposée pendant le carême du 7 au 14 mars ici à Lutry (séance d’info le jeudi 7 février au caveau du singe vert)
- la prière, check encore, vu que nous avons commencé depuis ce mois de janvier nos prières œcuméniques sur Lutry : prière silencieuse à l’Eglise St Martin de Lutry le 2e mercredi du mois, et Lectio Divina au Temple de Lutry le 4e mercredi du mois, mercredi prochain donc,  sans oublier la prière de Taizé au Prieuré le dernier mercredi mois ;
- l’aumône, check toujours, vu que nous avons la campagne de carême commune PPP-AdC

Pas qu'une liste

Alors oui, après toutes ces décennies de division entre les églises, nous pouvons nous réjouir pour ce qui nous réunit, pour tout ce que nous faisons ensemble, tout au long de l’année, pour alimenter notre lampe à huile de l’unité: ce n’est pas qu’une liste, mais à chaque fois une occasion de vivre l’unité, de tisser des liens, de se réjouir ensemble dans le Seigneur.

Et rien ne nous empêche de proposer encore d’autres choses. Par exemple, pour 2013, nous pourrions remettre l’accent sur le pilier central de la Parole : lire la Bible ensemble, par exemple avec la démarche de l’Evangile à la maison. D’ailleurs, je me permets de lancer un appel ici : si nous lancions un groupe de partage œcuménique autour de cet Evangile à la maison, qui serait partant ? Actuellement, il y a déjà un groupe sur Pully, le cours alpha le lundi soir à St Martin qui va bientôt continuer avec la lecture de l’Evangile à la Maison. Et si un autre groupe se mettait sur pied ? Si cela vous intéresse, venez m’en parler après ce recueillement.


Car encore une fois, l’unité, ce n’est pas seulement une semaine, c’est toute l’année ! Ce n’est pas seulement un flambeau certes flamboyant mais qui se consume vite, c’est une lampe à huile à alimenter de son huile tout au long de l’année.

Amen.

Message donné à Lutry, lors de la célébration concluant la marche aux flambeaux oecuménique du 18.01.2013

* = Philippiens 4, 4-9 : Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète, réjouissez-vous. Que votre bonté soit reconnue par tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d'action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus Christ.
Au reste, frères, tout ce qu'il y a de vrai, tout ce qui est noble, juste, pur, digne d'être aimé, d'être honoré, ce qui s'appelle vertu, ce qui mérite l'éloge, tout cela, portez-le à votre actif. Ce que vous avez appris, reçu, entendu de moi, observé en moi, tout cela, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.