mardi 26 février 2013

Le carême, un "temps mort" pour se recentrer sur l'essentiel

Pas toujours facile d'expliquer aux autres ce qu'est le carême... "Comment ça, tu veux de la crème?" "Ah bon, tu te prives de fromage?" "Mais comment ça?" "Bon d'accord, on ne va pas en faire un fromage..." Le carême pour les nuls, pas facile.

Et pourtant ce matin je suis tombé sur cette vidéo d'une pasteure en France qui explique si bien ce qu'est le carême.


Le carême comme un temps mort

Au sport, parfois il est nécessaire pour le coach de demander un "temps mort", un temps de pause, de vide, pour arrêter un match qui part en cacahouètes ou pour laisser passer l'orage. Un temps pour souffler et reprendre son souffle. Un temps pour se recentrer sur l'essentiel.

Le carême, c'est précisément tout cela. "Il y a un temps pour tout", disait l'Ecclésiaste (vous allez en entendre parler - ou plutôt en lire abondamment - vu que c'est le thème du prochain CBOV), un temps pour vivre, un temps pour mourir.

Tout ce qui se produit dans le monde arrive en son temps. Il y a un temps pour naître et un temps pour mourir ; un temps pour planter et un temps pour arracher les plantes ; un temps pour tuer et un temps pour soigner les blessures ; un temps pour démolir et un temps pour construire. Il y a un temps pour pleurer et un temps pour rire ; un temps pour gémir et un temps pour danser.                 (Eccl 3, 1-4)

L'Ecclésiaste et moi

Et dans la version apocryphe Corbazienne:

Tout ce qui se produit dans le monde arrive en son temps. Il y a un temps pour vivre à fond et un temps pour se reposer ; un temps pour créer et un temps pour la jachère ; un temps pour courir et un temps pour reprendre son souffle ; un temps pour goûter et un temps pour jeûner. Il y a un temps pour la parole et un temps pour le silence ; un temps pour le plein et un temps pour le vide. Un temps pour temps plein et un temps mort. Un temps pour la course et un temps pour le carême.



Le jeûne... et le partage !


Oui cette année j'ai décidé de vivre ce temps de pause, de "temps mort" dans le match de ma vie, de manière profonde, en me forçant à m'arrêter. En effet, dès la semaine prochaine, je vais jeûner pendant 7 jours. Un jeûne pour me recentrer sur l'Essentiel, un jeûne pour m'obliger à ralentir, un jeûne symbole d'un énorme défi que je ne peux que réussir si je l'ancre dans la prière. Cette semaine de jeûne, je l'animerai pour un groupe. Gageure de l'animation tout en participant au jeûne, nous verrons comment cela se passe. Je pense d'ailleurs poster un message chaque jour, méditation de ce que je vis, sur ce blog....

Jeûner, ou se priver de quelque chose, en l'occurrence le fromage qui m'est si cher, pour réfléchir à ma consommation, à mon mode de vie, aux solidarités possibles avec celles et ceux qui n'ont pas la chance d'être né dans le pays du fromage!

Car ce temps de Carême, il m'invite aussi à la solidarité. Et cette année, j'ai décidé de me mettre au "Pain du Partage". Cette action de PPP-AdC vise à soutenir des projets de solidarité, en particulier en Inde, via le pain du boulanger. La recette est simple: nous, consommateurs, payons simplement 50cts de plus que le prix normal et cette marge va aux projets de PPP-AdC qui visent à privilégier la sécurité alimentaire locale. Une action que je peux réaliser au petit marché de Corsy en-dessous de chez moi ou dans les boulangeries Fleur de pain, dont celle de La Croix-sur-Lutry.

Et vous, comment vivez-vous le carême? Que représente ce temps pour vous?

jeudi 14 février 2013

La guérison au coeur de nos vies

"Heureux les doux : ils auront la terre en partage." (Mt 5,4)

Cette semaine, deux événements me poussent à écrire un article sur mon blog: d'abord une journée de catéchisme à l'institut de Lavigny (personnes en situation de handicap) samedi et une conférence de Daniel Marguerat intitulée "Salut et bien-être : comment être l’Eglise du Christ thérapeute ?" aujourd'hui à l'uni. Tout cela me pousse à penser à la guérison, non seulement physique, mais aussi spirituelle, morale, relationnelle. N'est-elle pas à mettre au coeur de nos vies?

Une journée à Lavigny: la violence de la confrontation entre deux mondes

Avec Armin Kressmann (qui évoque brièvement la journée sur son blog: http://www.ethikos.ch/7968/une-journee-de-catechisme-a-linstitution-de-lavigny), nous avons accompagné ces catéchumènes dans la rencontre de l'autre, différent, et en situation de handicap. Il faut dire que vivre une journée avec des personnes en situation de handicap n'est jamais aisée ni à organiser, ni à vivre. Spontanéité et flexibilité sont des maîtres-mots. Deux mondes se rencontrent, celui des catéchumènes et celui des résidents. Qui est handicapé et qui ne l'est pas? Il n'est pas aisé de le dire, tellement il est difficile pour les jeunes de créer un contact avec les résidents. C'est un choc entre deux mondes qui peut parfois être assez violent. Mais au fil de la journée, par les transports, par un culte en commun, des brèches sont ouvertes. Chacun se découvre handicapé, chacun découvre des obstacles dans sa vie. Et si une possible guérison se trouvait dans la relation? « Au début de la journée, j’avais de la peine, avouera une jeune en fin de journée, mais après je me suis imaginé que si c’était moi, cela me ferait du bien que les gens qui s’occupent de moi soient sympa avec moi… »

Face à l'aveugle-né (Jn 9), Jésus, comme souvent face aux malade, prend pitié, pris aux entrailles. Face au mal dont nous ignorons l'origine ("qui a péché? est-ce lui, est-ce ses parents?" demandent les disciples), Jésus récuse l’individualisation de la faute face à la maladie de l’individu. La souffrance, ce «  gémissement de la création » (Rm 8,22), demande juste un regard de compassion. Et une parole qui peut transformer.

Des paroles qui transforment en changeant le regard sur soi


Car la parole, comme le souligne Daniel Marguerat, est performatrice dans la vision du monde hébraïque. L'exemple des Béatitudes est parlant: celles-ci sont en fait des paroles agissantes en vue d'une "subversion requise dans le regard porté sur la situation". En fait, elles sont l'annonce d’un bonheur présent et l'appel l’humain à réévaluer sa situation. Quand nous lisons "heureux les doux", Matthieu parle en fait des personnes fragiles (en situation de fragilité)! Comment ne pas penser aux personnes en situation de handicap? Heureux sont-ils, car ils auront la terre en partage! Oui c'est ici la force d’une parole qui change le regard, d'une parole performative/transformatrice qui engage la personne à porter sur elle le regard que Dieu porte sur sa situation. Dans les situations de handicap également, la parole que nous pouvons apporter en tant qu'humain vise à guérir du fatalisme en montrant la dignité, la valeur, la force, la grandeur de ces personnes… Offrir une parole - ou un chant - qui crée la relation, voilà le coeur de la guérison.

La guérison comme signe de résurrection

Pour moi aussi, dans mon ministère, dans ma vie, la guérison est un signe d'espérance concret. Guérir par le pardon, guérir par la considération et l'encouragement, guérir par un geste de relèvement, comme tous ces signes que je reçois jour après jour dans mon ministère. C'est le sens même de la résurrection de Jésus: Dieu relève après le geste mortifère des humains, après la croix, la souffrance à l'état pur.

Alors ne croyons pas que la résurrection est un bel événement limité à l'an 30, mais c'est un message pour aujourd'hui! Oui la résurrection, nous avons besoin d’en repérer les traces dans le présent! Comment l'agir du Ressuscité se manifeste-t-il dans le relèvement d’hommes et de femmes autour de moi qui rencontrent des obstacles (des pierres d'achoppement), qui vivent des handicaps (lourds ou légers)?  Comment la résurrection est signe de guérison dans nos vies face aux obstacles que nous rencontrons?

Au fond, les hébreux le pensaient déjà, la guérison vise l'entier de la personne, et non seulement le physique ou le psychique. Une guérison spirituelle, sociale, relationnelle à vivre chaque jour. Pour vous aussi ?