dimanche 24 mars 2013

Prédication des Rameaux, le 24 mars 2013 à Chexbres


Textes bibliques

- Mc 2,1-12

- 2 Co 4,6-9

Prédication

Si je vous dit « super héros », au-delà du fait que vous trouvez incongru de commencer une prédication par cela, vous pensez peut-être à Batman, Superman, Spiderman, ou peut-être Iron man ou Jésus man (ou pas). Oui mais, est-ce que vous connaissez le meilleur de tous les super héros, celui qui rassemble tous les superlatifs ? le super héros qui dépasse tout, même Dieu:  le seul qui peut diviser par zéro, qui connaît la dernière décimale de Pi, qui a compté jusqu’à l’infini… deux fois, etc. ? Le héros dont la seule chose qui arrive à sa cheville… est sa chaussette. Je vous le donne en mille : il s’agit bien sûr de CHUCK NORRIS (sortir sa photo). Cet acteur américain d’une série policière WALKER TEXAS RANGER est devenu un super héro dans des blagues qui circulent, je parie que les jeunes ici en connaissent un paquet… Ces blagues sont basées sur le fait qu'on attribue à ce personnage de CHUCK NORRIS devenu mythique par sa combativité, son indesctructibilité et sa puissance, notamment dans des scènes de combat intégrant des arts martiaux, on lui attribue dans l’humour des pouvoirs surhumains qui défient les lois universelles de la physique, et même de la logique, comme : Chuck Norris peut encercler ses ennemis. Tout seul. Souvent, il s’agit d’inversions par rapport aux situations normales : Chuck Norris a été piqué par un scorpion. Il a succombé 2 jours plus tard. Le scorpion. Il surpasse tous les super héros : Un jour Chuck Norris et Superman ont fait un bras de fer, le perdant devait mettre son slip sur son collant. Certaines blagues lui attribuent aussi des caractères divins : Chuck Norris ne se prend pas pour dieu, c'est dieu qui se prend pour Chuck Norris. Ou encore : Avant le premier jour, Chuck Norris a créé Dieu ! Oui Chuck Norris est bien le plus balèze de tous les super héros…

Par l’humour, donc, CHUCK NORRIS est devenu un symbole de ce qui est fort, solide, puissant, indestructible. Un symbole de l’homme sans fragilité.

Et pourtant nos vies humaines, vous en conviendrez, ne sont pas tout à fait comme celle idéalisée de CHUCK NORRIS. Non, il faut bien avouer que nos vies, même si nous aimerions bien qu’elles tendent vers la CHUCK NORRISSITUDE, si j’ose dire, vers la force, la puissance, la solidité, le bonheur, eh bien nos vies elles sont traversées par des fragilités, c’est une réalité.

Dans la nuit du caté, cette sorte de rite de passage pour les catéchumènes de dernière année de cette paroisse de Saint-Saphorin, cette folle aventure d’une nuit que l’on a vécu avec les jeunes vendredi il y a 9 jours, eh bien pendant cette nuit nous avons justement traité de ce thème de la fragilité. « Quel drôle de thème ! » a réagi une catéchumène. Oui c’est vrai que dans notre société, nous préférons parler de la force, de la joie, des choses positives. Parler de la fragilité, cela nous met mal à l’aise, cela nous dérange un peu.

Et pourtant, nous en avons, des fragilités, des éléments friables qui se cassent facilement en nous, des peurs, des angoisses, des incapacités, des faiblesses. Sur notre chemin de vie, nous portons certaines fragilités dont nous aimerions bien nous débarrasser. Mais comme cet œuf frais, élément fragile par excellence, que les catéchumènes ont dû porter pendant toute la nuit du KT, nous devons souvent nous coltiner nos fragilités.  Face à celles-ci, qui nous touchent tous, nous pouvons parfois ressentir une grande impuissance…

Mais la bonne nouvelle du jour, qui nous est rappelée par les textes bibliques que nous venons d’entendre, c’est que d’une part, nous ne sommes pas seuls face à nos fragilités, et d’autre part, Dieu nous a choisis malgré notre fragilité, pour porter son trésor.

D’abord, l’épisode du paralytique dans l’Evangile de Marc nous rappelle que face à nos fragilités, nous ne sommes pas seuls. Avez-vous remarqué ce que dit l’homme paralysé dans ce récit ? Sur les 12 versets, c’est bien simple, il ne dit pas un mot. Il est comme transi par ce qui le paralyse, comme bloqué par ses fragilités. S’il est finalement sauvé, c’est grâce aux 4 hommes qui l’ont porté à bout de bras tout au long du chemin, et même par le toit pour que Jésus puisse le voir. Au fond, c’est la foi (littéralement la confiance) de ces 4 hommes qui a décidé Jésus... Nous pouvons donc souligner ici, face à nos fragilités, l’importance des autres, ou plus largement de la communauté. Savoir se faire aider par les autres, en avouant que nous ne sommes pas tout-puissants, c’est peut-être une première étape face à nos fragilités… Et finalement, c’est Jésus qui remet debout le paralytique et qui l’incite à reprendre sa route : « Lève-toi, prends ta natte et marche ! » (Mc 2,10) Reprends ta route, malgré tes fragilités…

(s’approcher de la caisse)  Reprends ta route, parce que tu as de la valeur : c’est l’autre bonne nouvelle que l’apôtre Paul nous rappelle ce matin : Dieu nous a choisis, nous les vases d’argile, pour porter son trésor inestimable.

Mais quand même, mettre un trésor d’une grande valeur dans un vase d’argile, c’est complètement loufoque pour l’époque. Un vase d’argile, pour Paul, c’est tout ce qu’il y a de plus commun comme ustensile. (ouvrir la caisse) Imaginez un trésor dans votre ustensile de cuisine le plus courant : genre un verre de blanc ou un Tupperware (bon c’est pas trop fragile, alors imaginons un Tupperware en verre), ou un bol à céréales, ou même … un caquelon ! Imaginez un trésor dans un caquelon, franchement, c’est complètement incongru.  Le trésor, vous le mettriez dans votre plus belle boîte à bijoux, ou dans un vase de cristal clinquant, ou mieux encore, dans un coffre magnifique, pour ne pas dire un coffre fort ! Un trésor, il faut le conserver dans quelque chose qui est digne de lui, dans qqch de résistant, d’éblouissant, d’éclatant, de balèze, dans qqch genre Chuck Norris.

Mais non, Paul dit que le trésor est placé dans des vases d’argile qui sont les plus commun des objets, sans grande valeur, et surtout, très fragiles. En utilisant cette image, Paul nous rappelle que Dieu reconnaît que nous sommes fragiles, plein de failles, de fissures ; mais aussi, il redit la confiance de Dieu envers nous, et ça c’est balèze! Pas besoin d’être des super croyants, des apôtres à la Chuck Norris parfaits en tout point, convaincus, forts solides, etc. , non, Dieu nous fait confiance, avec notre fragilité, pour porter son trésor.

Oui mais le trésor dont il parle, c’est quoi au juste ? Ce trésor est décrit au verset 6 : Dieu a dit autrefois : « Que la lumière brille du milieu de l'obscurité ! » Eh bien, c'est lui aussi qui a fait briller sa lumière dans nos cœurs, pour nous donner la connaissance lumineuse de sa gloire divine qui resplendit sur le visage du Christ. Ce trésor de lumière, il ne nous appartient pas, c’est un don de Dieu, qui nous rend plus forts. Ce n’est pas le pouvoir, mais l’amour. Ce n’est pas la condamnation, c’est le pardon. Ce n’est pas la souffrance, c’est l’espérance. Au fond, c’est tout ce que nous trouvons dans l’Evangile, ces valeurs que nous portons avec nous dans la société. Ce trésor, c’est aussi ce verset biblique que vous allez recevoir, chers catéchumènes, pour votre route : une parole qui fait sens et qui vous est donnée dans la foi. Ce verset, il est emballé dans la fragilité que vous avez écrite lors de la nuit du KT pour nous rappeler que les deux sont liés.

Car Dieu nous a choisis, nous les vases d’argile, nous les fragiles, pour porter son trésor inestimable. Comme lors de la nuit du KT où vous, les catéchumènes, avez porté ce trésor tout au long de la nuit, ce coffre rempli de nos fragilités. Après ce culte, cette malle va rester ici, mais vous, les catéchumènes, allez continuer votre chemin, portant ce trésor avec vous, dans ce vase d’argile que vous êtes. C’est pour cela que la paroisse a décidé cette année vous faire un cadeau un peu spécial, en lien avec ce thème de la fragilité : (sortir une jarre) une petite jarre, faite d’un argile fragile, mais qui contient un trésor : ce verset que nous vous offrons et vous allez entendre quand vous serez appelés.

Alors aujourd’hui, en ce jour des Rameaux, en cette étape de votre vie (pour vous les catéchumènes mais aussi pour vous les familles), en ce jour Dieu, conscient de vos fragilités, vous redit qu’il vous confie un trésor à partager: plein de foi en vous, plein de confiance en vous, il vous envoie partager cette bonne nouvelle de son amour pour tous les humains. Et pour cela, pas besoin d’être un super croyant, pas besoin d’être un CHUCK NORRIS de la foi, mais simplement d'être... vous-mêmes!
Amen.

Prédication dite à l'Eglise de Chexbres, le 24 mars 2013

jeudi 14 mars 2013

7e jour de jeûne: célébrer et... redescendre de la montagne

Me voici arrivé au terme de ce périple un peu fou. C'est vrai qu'à mon 7e jour de jeûne, je me sens bien. Et me dis que je pourrais facilement continuer encore, quelques jours en tout cas... Mais cela pourrait bien être dangereux. Et puis, je me réjouis de manger. Le gourmand en moi va bientôt se réveiller, tout en faisant attention de ne pas tomber dans l'excès... Mais avant de parler de l'avenir, je me prépare à célébrer ce soir la rupture de jeûne (j'ai choisi le texte d'Ex 32 avec l'épisode du veau d'or, vous allez comprendre pourquoi), ce qui me donne l'occasion de jeter un regard en arrière et de rendre grâce pour tout ce qui m'a été donné et, comme disait un collègue, tout ce que j'ai su/pu y mettre...

Changer de regard

Le jeûne est aussi une expérience pour aiguiser son regard. Sur ce qui m'entoure, la terre, les fleurs, les lumières, les instants de grâce, sur les autres mais aussi sur soi-même. Quand suis-je dans la position du peuple, dans le désert, qui adore un veau d’or ? Qu’est-ce qui est « veau d’or » dans la société d'aujourd'hui ? La technologie, le sexe, l’argent ? Et la nourriture, ne serait-elle pas aussi dans nos contrées devenue source d’idolâtrie ?

Oui mais un changement de regard demande un changement en profondeur. Le jeûne, s’il m'a invité à un autre mode de vie, de consommation, de reflexion, un mode qui soit dit en passant apparaît bien souvent comme « à contre-courant », voire carrément extra-terrestre, oui le jeûne me pose cette question du regard sur soi. Quel regard est-ce que je pose sur moi, au moment de redescendre de la montagne ? Comment est-ce que je me situe dans ce monde un peu fou où l’hyperconsommation côtoie la famine sur la même planète ? Si j’ose dire, comment vais-je faire face au peuple idolâtre ?

Un moment de grâce à goûter tout au long de l'année

Car ce jeûne, s’il m'a permis de me désencombrer, ne doit pas s’arrêter là. Ce jeûne, c’est comme ce que porte Moïse dans ses bras (les tables de la Loi): quelque chose qui va me porter pour l’année à venir et qui constitue pour moi un repère dans mon mode de vie. Alors pour bien redescendre de la montagne et ne pas tomber dans l’idolâtrie, je vais essayer de me rappeler de cette expérience magnifique de semaine de jeûne. Un moment de grâce à goûter tout au long de l'année, comme la délicieuse pomme que nous goûterons ce soir, morce par morce, délicatement, pour rompre le jeûne.



mercredi 13 mars 2013

6e jour de jeûne: bien-être et offrande

L'expérience du jeûne est avant tout une expérience de "désemcombrement", ô combien nécessaire, ce qui a pour conséquence de prendre son temps pour se faire du bien. Cet après-midi, j'avais réussi à libérer un peu de temps pour aller ensemble aux bains de Lavey. Un pur bonheur de goger dans les bulles et dans le sauna. Quel bien cela fait, c'est incroyable! Prendre le temps de se faire du bien, voilà une chose que bien souvent nous oublions dans le ministère!

Posé sur ma chaise longue en salle de repos, m'est venue cette citation de l'Ecclésiaste: "tout est vanité". Autrement dit: tout est buée, tout virevolte et... disparaît.  Oui notre passage sur terre est si court que ce sage nous rappelle l'importance de nous concentrer sur l'essentiel: le moment présent.

Ce qui est difficile, c'est l'atterrissage

Ce bien-être m'aide à passer par-dessus les envies qui sont de plus en plus présentes, j'ai l'impression, alors que la fin du jeûne approche (demain soir). Hier soir, au cinéma, les hot-dogs m'ont retourné le ventre et bien souvent je pense à ce que j'aimerais consommer ce week-end. Je sens que l'atterrissage, comme on l'appelle (reprendre l'alimentation progressivement: 1er jours fruits, 2e jours légumes, etc.). Comme nous l'avons médité avec le texte de la transfiguration (Lc 9, 28-36), aussi bien soit-on sur la montagne, il faut en descendre. Et c'est parfois cela le plus difficile. En effet, contrairement à d'autres qui pourraient avoir la tentation de prolonger le jeûne (tellement ils s'y sentent bien), aussi belle soit l'expérience pour moi, après la durée fixée (7 jours), j'ai hâte que cela se termine.

En attendant, je profite de tous les instants donnés, comme ces moments de partage dans le groupe. Je me sens bien désormais dans ce groupe, dans cette petite communauté de vie, et dans mon rôle de "pasteur-herméneute" comme dirait le rapport sur la théologie des ministères. En effet, grâce à l'immense boulot de mon acolyte Roland, je peux vraiment me concentrer ici sur l'Essentiel: le partage, le biblique, le spirituel, la question du sens...

L'importance de l'offrande

Par ailleurs, nous avons eu l'occasion de nous plonger dans les projets de cette campagne de carême PPP-AdC avant nous aussi, de faire notre offrande pour ces projets demain lors de la célébration de rupture de jeûne. Car une dimension essentielle du jeûne est bien le partage, la solidarité. Ce que nous ne dépensons pas pour la nourriture cette semaine, nous le donnons pour ces populations de pays du Sud qui sont dépossédés de leurs terres et ne peuvent ainsi subvenir à leurs moyens, comme au Brésil où les "sans-terre" se battent pour récupérer ce qui leur appartenait et pouvoir ainsi cultiver leur nourriture...

Et nous, quel lien gardons-nous avec notre terre, avec notre nourriture, avec notre façon de vivre la solidarité?

mardi 12 mars 2013

5e jour de jeûne: tant de grâces...

Après 5 jours de jeûne, je goûte véritablement chaque moment, chaque instant. Le jeûne nous oblige à vivre différemment, à poser un autre regard sur la réalité, à prendre du recul et à goûter ce que l'on n'a parfois pas le temps de goûter. Je ne parle pas de nourriture, bien sûr, alors que la sensation de faim est passée (ce qui ne veut pas dire que l'envie n'est pas là...), mais de certains moments que je ressens comme des instants de grâce...

Une retraite bienfaisante

Aujourd'hui, nous sommes allés "en retraite" d'un jour avec une bonne partie du groupe de jeûneurs à la Pelouse (soeurs de Saint-Maurice), juste au-dessous de Bex, en train jusqu'à cette ville, puis à pieds. L'occasion pour le groupe de faire une sortie bienfaisante et de profiter sur place d'un temps d'échange avec une soeur après une visite de la nouvelle chapelle (magnifique!). L'occasion aussi se mieux se connaître et de partager au plus profond de nous sur nos motivations pour le jeûne. Là encore, un moment de grâce.

Car le jeûne, comme je le disais tout au début, "serait fade" (si j'ose dire) s'il n'était pas partagé. Et là encore, c'est une sacrée t grâce d'avoir de telles personnes avec qui cheminer, des personnes certes habituées au jeûnes (on pourrait les appeler "vieux briscards du jeûne"), mais d'une spiritualité et d'une profondeur magnifique. Là encore, une grâce.

A contre-courant 

Que de grâces donc pour cette journée ! Nous étions bien loin de l'hyperactivité de notre société, de son hyperconsommation, de son hypermailisation. Simplement, nous avons vécu l'instant de grâce, au soleil, en lien avec la nature. Simplement, nous avons prié, découvert, partagé. Simplement, nous nous sommes - peut-être - rapprochés de l'essentiel. Et en cela, nous sommes bel et bien à contre-courant dans une société où le superflu est devenu indispensable.

En rentrant, je suis de passage au CIDOC pour préparer une animation sur "forces-fragilités" pour la nuit du KT de vendredi, et tombe sur le numéro de Croire aujourdhui intitulé "La force des gens fragiles". N'y a-t-il pas une énorme force dans la fragilité du jeûne? Au fond, la fragilité ne peut-elle pas être parfois (restons prudents) considérée comme une grâce?

PS : (rajouté quelques heures plus tard): un autre moment de grâce, dans la rue, avec un violoncelliste jouant une suite de Bach: un régal.

lundi 11 mars 2013

4e jour de jeûne: après la pluie, le beau temps

Après un dimanche bien rempli, avec notamment un beau Clin Dieu avec les catéchumène de 9e année où j'ai dû fournir une bonne dose d'énergie, j'espérais que mon lundi, habituel jour de congé, allait être plus calme. Même pas.

Qui est Jésus pour moi ?

Mon sommeil est toujours agité et je me suis levé plus tôt que prévu, mais avec pas mal d'énergie. Une énergie qui allait croître tout au long de la journée... A 8h30, je préside un recueillement avec les jeûneurs au Temple de Belmont. L'occasion de se retrouver ensemble devant le Seigneur et de prier ensemble: c'est beau! Le texte biblique de pain de ce jour m'interpelle: qui est Jésus pour moi? Cette question peut paraître banale, tant elle a été posée. Et pourtant, elle garde sa pertinence, chaque jour. Chaque jour, notre foi, notre confiance en Jésus comme sauveur est à affirmer...

Puis la marche, sous la pluie fine (qui me rappelait l'Angleterre), fut courte, ou plutôt utilitaire, pour aller acheter du déo (tiens, il paraît qu'en jeûnant on dégage plus d'odeurs... je ne l'ai pas encore remarqué - ni Sarah d'ailleurs - , seulement les cheveux plus secs!) et de la crème à la pharma. Marche utilitaire, donc, vite fait, avant d'aller à un rendez-vous. Je suis encore dans le rythme habituel, stressé, courant d'un endroit à un autre.

En fait, je me suis rendu compte ce matin que je n'arrivais pas à quitter le rythme habituel de travail. Faire un jeûne tout en travaillant, c'est quand même difficile... Un exemple: ce matin, en me levant, j'ai vite été rattrapé par toutes les choses à faire cette semaine, et du coup, c'est mon lundi de congé qui allait sauter... Oui, jeûner en travaillant (ou vice-versa) n'est pas l'idéal. Moi qui espérait avoir réussi à faire de la place pour le jeûne dans ma semaine, j'ai dû quelque peu déchanter (j'ai quand même réussi ça ou là à le faire!).

Deux regards sur ma vie

Mais cet après-midi, après avoir bien avancé dans mes choses à faire, le soleil a percé, dehors et dans mon coeur. Avec une balade bienfaisante, j'ai pu enfin changer de rythme et m'émerveiller de la nature qui m'entoure (ici le Flonzel). Du coup, je me sens mieux. Serein. Clairvoyant.

Grâce à cet état de paix intérieure et de clairvoyance, je peux prendre du recul sur ma vie. Sur celle-ci, je me dis deux choses.
  • D'abord, j'ai la chance de vivre tout ce que je peux vivre, non seulement à la maison, avec ma femme, ma famille, mon lieu d'habitation, mais aussi dans mon ministère: je suis bien dans mes baskets au boulot, en région ou en paroisse, et ça, c'est inestimable! Au fond, quelle chance j'ai de faire un travail que j'aime! Quand je repense à mes années où, étudiant, je bossais dans la vente et côtoyais des collaborateurs qui n'aimaient pas toujours leur travail...
  • Ensuite, je ne peux m'empêcher de jeter un regard critique. Ma prédication de dimanche invite à réfléchir à l'Essentiel dans nos vies. Et pour moi, qu'est-ce que l'Essentiel? En tout cas pas l'avalanche de mails* que je subis quotidiennement. Ni la consommation, ni la nourriture (bien que je puisse pas vous cacher que je me réjouis de manger un bon bout de fromage...), ni la technologie. Non l'essentiel, pour moi, est peut-être dans ce lieu: ce lien à la terre, celle de mes ancêtres, ici au "Coin des Corb'" du XXIe siècle (avant, celui-ci était à Belmont...). L'essentiel est dans la nature, et dans les relations avec les gens qui m'entourent. L'essentiel est dans la présence de Dieu dans mon coeur...
Et pour vous, quel est votre Essentiel?

* = Pour donner un ordre d'idée, sur 3 jours, je reçois environ 50 emails... Et pendant le temps de rédaction de cet article, tiens, ô surprise, 7 nouveaux mails m'attendent...

dimanche 10 mars 2013

3e jour de jeûne: la croix et les faiblesses

Pour ce 3e jour, j'ai eu la chance de pouvoir vivre la retraite paroissiale "in situ", dans les locaux de la paroisse, sut le thème des 7 paroles de Christ en Croix. La croix, c'est le coeur de notre foi chrétienne, et pourtant elle est inacceptable comme sur cette sculpture révoltante mais pleine d'espérance de Guido Rocha. Le tout rempli de musique, celle des 7 paroles du Christ en croix de Schütz (ci-dessous), avant Bach. L'occasion pour moi, dans un jour de "moins bien", de méditer le vie, la souffrance, le mal présents au travers du symbole de la Croix. Car le message d'espérance, c'est que Dieu me rejoint dans mes fragilités et dans mes souffrances. Ce fut donc une journée pleine de Dieu! ;-)



S'émerveiller



Ce jeûne est aussi pour moi l'occasion de redécouvrir, par les marches quotidiennes, des coins cachés du quartier ou de Lutry. Malgré la peufe, je n'ai pu m'empêcher de m'extasier devant la Lutrive aux Moulins... Oui le jeûne nous ré-apprend aussi à nous émerveiller des petites choses toutes simples de la vie à côté desquelles nous passons bien souvent sans y faire attention: un ruisseau, un bourgeon, un rayon de soleil bienfaisant...

Comme aujourd'hui dimanche où nous avons marché avec Sarah plus de 2h20 dans Lavaux dans des paysages idylliques. Oui, je peux rendre grâce pour une telle beauté (du paysage, pas de ma femme) (quoique ;-), pour de telles grâces dans ma vie... C'est peut-être aussi cela le jeûne: se rendre compte, d'une façon renouvelée, de la chance que j'ai, dans mes relations, dans mon parcours de vie, dans mon lieu d'habitation...

Des temps aussi de faiblesses

Mais cette nuit fut relativement mauvaise. Des rêves bizarres où je voyais les autres membres du groupe manger (!) alors que je leur disais que l'on n'avait pas le droit, un réveil hagard, sans énergie, sans pep's, je me demandais si j'allais réussir à faire mon culte à Savigny. Mais une cuillère (à café) de miel plus tard (i.e. la potion magique), et c'était reparti pour un tour. J'ai eu la chance de vivre un culte lumineux, qui m'a donné de l'énergie! Mais en rentrant à la maison, à nouveau, je me suis senti faible.

Ce 3e jour est donc celui des montagnes russes, ou de la croix et des faiblesse, mais aussi celui de l'espérance que le jour qui va venir sera meilleur. C'est aussi cela la croix: l'espérance qui se lit en filigrane derrière... Cette longue marche avec ma femme m'a redonné de l'énergie, et comme le culte, cela m'a permis de me recentrer sur l'Essentiel... (la victoire du LS sur Sion a peut-être aussi aidé ;-) gnark gnark...)

Et vous, dans vos moments de faiblesse, qu'est-ce qui vous donne encore l'espérance?

samedi 9 mars 2013

2e jour de jeûne: poulets rôtis et solidarité

Deuxième jour de jeûne, et mon corps petit à petit s'habitue à ma non-alimentation. Je bois, je bois, je bois (hips)... des tisanes (j'avais dévalisé le rayon "tisanes" l'autre jour), je marche, le plus possible pour rester actif. Ma retraite d'une journée à Crêt-Bérard fut un réel succès, même si l'après-midi fut un peu plus difficile dû à la faiblesse de mon corps. Je devrais plus souvent prendre temps pour me retirer.

Qu'est-ce qui me nourrit?

Hier soir, retrouver le groupe (au sein duquel je trouve peu à peut mes marques) m'a fait du bien. Se retrouver avec les autres, si aguerris soient-ils, est réconfortant. Et surtout, cela nous permet de méditer un texte biblique, en l'occurrence celui de l'Evangile de Luc sur les tentations de Jésus dans le désert. Et cette parole que je garde: "tu ne vivras pas de pain seulement". Oui c'est vrai, il y a tellement de choses qui me nourrissent dans mon ministère (comme le week-end gospel en décembre dernier), dans ma vie privée, dans mon existence en général. Des personnes, des relations, des paroles, des moments forts, des prières, des chants: il y a tant de choses qui me nourrissent...

J'aimerais d'ailleurs partager avec vous ce chant de Taizé qui me nourrit cette semaine: "Ô toi, l'au-delà de tout"...


Des roses et des catéchumènes

Et cette parole, tu ne vivras pas de pain seulement, m'accompagne encore aujourd'hui où j'ai agi pour le droit à l'alimentation des peuples soutenus par de PPP-AdC. "Sans terre, pas de pain", c'est le titre de la campagne de carême qui lutte contre l'accaparement des terres...

Car le jeûne, ce n'est pas seulement faire un travail sur soi, mais aussi s'ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure. Je l'ai remarqué ce matin où en ce 9 mars, journée nationale de vente de roses en faveur des projets de PPP-AdC, nous vendions avec des catéchumènes, ces fameuses roses en faveur de projets pour les paysans du Guatemala. Un occasion de vérifier l'humour de Dieu, doublement. D'abord parce que, en ce deuxième jour de jeûne, notre stand était placé en face... des poulets rôtis dont l'odeur séductive titillait mes narines! Ensuite, parce que si nous avions prévu de vendre jusqu'au-delà de midi, nous avons réussi à tout vendre avant 11h! Dieu, s'il a de l'humour, est bon...

Reste que le jeûne, s'il reste une privation, doit avant tout porter notre regard sur la solidarité. Donner ce que l'on ne met pas dans la nourriture pour les projets de solidarité, c'est essentiel. Aujourd'hui, 160'000 roses seront vendues dans toute la Suisse... Mais que fais-je au quotidien pour moins d'injustice, moins d'inégalités, moins de haine dans le monde? Question ouverte, mais il n'y a pas que l'argent qui puisse aider...

vendredi 8 mars 2013

1er jour de jeûne: se retirer


C’est parti mon kiki (c'est pas Darty mon kiki qu'il faut dire...) pour une semaine de jeûne. En voiture Simone. Qui dit premier jour dit premières sensations. La faim, bien sûr, mais surtout l’envie. Quand lors de la rencontre des aînés on me tend un magnifique plateau de gâteau et d’amuse-bouches salés (dont je raffolle), quand je prépare pour ma femme, malade, des tartines, quand je vais acheter à la boulangerie des choses pour elle, l’envie est là. La faim, ou le désir, la première sensation.

L’importance de la communauté

Mais hier soir j’ai aussi pu rencontrer le groupe de jeûneurs à Lutry et cela m’a rappelé l’importance de la communauté. Faire le jeûne, oui, mais pas sans le groupe. Le groupe aide à nous relever quand on tombe, à nous porter quand on en a besoin. Il permet surtout une spiritualité partagée (temps de recentrement, partage biblique, chants de Taizé) qui est si important pour moi. Sans spiritualité, je ne pourrais pas faire le jeûne.

D’ailleurs ce matin, à l’office de Crêt-Bérard où je passe la journée en « retraite » avec mon collègue et ami JB (pas le whisky), ce matin nous avons dialogué un Psaume qui ma rejoint. Le souffle en moi s’épuise, mon cœur au fond de moi s’épouvante. (…) Apprends-moi à faire ta volonté, car Tu es mon Dieu. Ton souffle est bienfaisant, qu’il me guide en un pays de plaines. (Ps 142,4.10)

Lors du jeûne, le sentiment de manque en aliments et en force se fait sentir par le souffle. Celui-ci se fait plus court (déjà !), le corps affaibli donne des signaux et oblige à prendre un rythme plus lent (à ce titre j’ai remarqué que je n’avais pas encore pris ce rythme…). En écho à cela, ce psaume nous redit le besoin de s’abandonner au Christ, totalement, car Son souffle nous guide…

Le jeûne : se retirer

Après une mauvaise nuit – liée à la « purge » nécessaire mais pas toujours un moment de plaisir (d’ailleurs, ai-je temriné de purger ma purge ?) – je me retrouve donc à Crêt-Bérard pour me retirer. Me retirer pour appuyer sur « pause », me retirer pour prier, me retirer pour regarder le monde avec distance (le travail, les défis qui m’attendent). Me retirer pour m’aider à me mettre en communion avec le Christ, à contre-courant de notre société.  Car au fond, ce jeûne n’est-il pas une façon de me retirer du monde habituel, stressé, boulimique de tant de choses, où l’exigence de rendement et de qualité nous pressent comme des citrons ? Oui au fond, le jeûne n’est-il pas une façon de remettre en question les valeurs de consommation et même de consumérisme de notre société ?

jeudi 7 mars 2013

Jeûne: J-1

Ca y est, j'y suis presque. Après avoir cette semaine petit à petit supprimé différents aliments (viande, poissons, oeufs, puis produits laitiers et café/thé, puis céréales), je suis aujourd'hui au régime "fruits", moi qui n'en raffole guère, l'ambiance à table n'est guère folichonne. Bien sûr, l'idée est de faciliter le décollage, le début du jeûne, dès ce soir...

"Va avec la force que tu as"

Je suis prêt. J'ai mes réserves de tisanes, mes jus de fruits. J'ai plus ou moins réussi à ne pas mettre trop de choses dans mon agenda dans cette semaine qui s'ouvre, mais j'arrive un peu sur les genoux quand même. Se garder un temps hors du temps, c'est un sacré défi dans notre société...

Physiquement, bien sûr, le plus dur est à venir ce week-end. Après dimanche soir, cela ira mieux, je le sais, puisque je l'ai vécu il y a 4 ans. Mais d'ici là, il y a encore du chemin... Notamment, dès ce soir, je vais rencontrer le groupe de jeûneurs et animer un temps de réflexion biblique. "Carême de maîtrise", je me suis dit, puisque je n'ai jamais fait cela et ne sait pas tellement à quoi m'attendre. Mais ce matin, à l'office, une parole m'est revenue, pour cette soirée comme pour cette semaine de jeûne: "va avec la force que tu as, je suis avec toi" (Jg 6,14). Oui la confiance qui m'habite est plus grande que l'inquiétude, et je me réjouis de ce vivre cette expérience hors du commun...

Chaque jour, j'écrirai sur mon blog un petit mot sur mon blog pour y refléter une humeur, une réflexion, une méditation issue de cette expérience un peu folle pour le grand épicurien que je suis. Vous pourrez ainsi suivre mon cheminement pendant cette semaine de jeûne et, si vous le désirez, y réagir.