lundi 28 octobre 2013

To be or not to be a good father, that is the question...


Ces temps, nous nous préparons avec ma femme à la venue au monde de notre bébé, dans la joie et la réjouissance. Questionnements sur une nouvelle voiture, tournée des magasins pour bébé, et conseils de tout venant. "Moi si j'ai une chose à te conseiller..." D'accord. On prend.

Une question rhétorique
La tournée des magas', certains adorent. Moi pas. Et ma femme le sait. Alors elle prend les choses, bravo à elle. Nous rencontrons les vendeurs. Et chez ceux-ci, c'est souvent le même discours qui revient: "Vous voulez être un bon père ? Alors il vous le faut absolument..." Du siège bébé pour auto (maxi-cosi) au baby-relax, du matelas du lit à la chambre du bébé, bref, tout est hyper important si on veut être un bon père. L'argument sécuritaire est béton: comment répondre "je ne veux pas ce qu'il y a de mieux pour mon enfant!"??? Impossible. C'est une question quasi rhétorique.

Au fond, To be or not to be a good father, that is NOT the question. Comment ne pas choisir d'être un bon père ? Oui, je veux être père, et un bon, autant que faire se peut. Mais que puis-je réellement choisir ?

Une société consumériste et sécuritaire

Notre société, encore une fois, est celle de la consommation exacerbée, angoissés que nous sommes par
craintes et paranoïas sécuritaires. Elle nous pousse avec des arguments fallacieux à acheter, et évidemment le plus cher. Cela me rappelle l'organisation de mon mariage, où les options les plus chères sont toujours conseillées, quitte à faire péter le budget. "Vous voulez ce qu'il y a de mieux pour votre mariage, non?". Question rhétorique, encore. Sauf qu'avec le bébé, ce n'est pas directement pour nous, c'est pour un être qui vient au monde. Et bien sûr, les vendeurs jouent sur notre "sens du devoir", sur notre "responsabilité" de ce petit être. Alors bien sûr, c'est notre responsabilité. Mais passe-t-elle pas un consumérisme exacerbé? Pas sûr.

Aujourd'hui, je me prépare à être père, à être le meilleur père possible. Et cela passera - cela passe déjà, je lui cause à travers le ventre de sa mère ! - par donner du temps à mon enfant. Tout simplement. Comme nous le rappelle Stromae.

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Au fond, le temps "gratuit" ne serait pas la réponse à donner à notre société de consommation ? Le temps gratuit offert à ceux qu'on aime. Avec Noël à l'horizon (déjà!!! si, si, les décos de Noël sont déjà là pour nous le rappeler), il serait bon de se souvenir qu'offrir un beau cadeau n'est pas forcément acheter un objet, mais que cela peut être simplement passer du temps avec ceux qu'on aime.

jeudi 24 octobre 2013

Le pasteur, la course à pied et la Moldau

Me préparant au 1/4 de marathon que je courrai ce dimanche 27 octobre, je profite de courir le long des vignes de ma belle région Lavaux. L'occasion de me plonger dans des réflexions sur mon ministère. Prêt à me suivre? Alors enclenchez la musique ici en ouvrant dans une nouvelle fenêtre ce lien : http://www.youtube.com/watch?v=1-KlKIvjKFc, puis attachez vos souliers de course. 1, 2, 3, partez!

Ah la Moldau, j'aime ce morceau de Smetana (perdu entre Stromae et Franky Vincent dans ma liste de lecture pour courir). J'aime ce morceau de musique classique qui est comme la vie. Parfois joyeux, parfois calme, comme ce fleuve qui peut se montrer tempêtueux ou calme, parfois doux comme le vent caressant mes joues, parfois violent comme l'orage, parfois bruyant comme la civilisation moderne, parfois calme comme un soleil d'automne. Cette musique est celle de la vie. Et elle m'accompagne en courant.

Accompagner... des jeunes!

Après le camp de KT à Vaumarcus de la semaine passée, cette musique prend toute sa profondeur. Elle me fait penser à ma vocation d'accompagner des gens, comme Dieu nous accompagne tout au long du de notre vie qui s'écoule comme un fleuve. Ce camp fut pour moi aussi l'occasion d'accompagner des jeunes, dont certains sont en difficulté relationnelle avec leurs parents, ou d'autres qui sont confrontés aux questions de l'existence de la vie et la mort; d'autres encore doivent entreprendre avec courage un chemin de deuil. Et Dieu que c'est difficile. A la fois je peux être un référent pour eux, et à la fois je suis bien impuissant face à la souffrance et la douleur.


Le service gagnant

Cette semaine encore, j'ai vécu deux temps forts: d'abord un service funèbre d'un vieil homme de Belmont, un homme qui a passé à se vie à se mettre au service de la communauté. Au service. Tiens, cela me rappelle ma vocation avec notamment ce texte que nous avons lu lors du SERVICE funèbre:

C'était la veille de la fête de la Pâque. Jésus savait que l'heure était venue pour lui de quitter ce monde
pour aller auprès du Père. Il avait toujours aimé les siens qui étaient dans le monde et il les aima jusqu'à la fin. Jésus et ses disciples prenaient le repas du soir. Le diable avait déjà persuadé Judas, fils de Simon Iscariote, de trahir Jésus. Jésus savait que lui-même était venu de Dieu et retournait à Dieu, et que le Père avait tout mis en son pouvoir. Il se leva de table, ôta son vêtement de dessus et prit un linge dont il s'entoura la taille. Ensuite, il versa de l'eau dans une cuvette et se mit à laver les pieds de ses disciples, puis à les essuyer avec le linge qu'il avait autour de la taille. (...) Après leur avoir lavé les pieds, Jésus reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai donné un exemple pour que vous agissiez comme je l'ai fait pour vous. Oui, je vous le déclare, c'est la vérité : un serviteur n'est pas plus grand que son maître et un envoyé n'est pas plus grand que celui qui l'envoie. Maintenant vous savez cela ; vous serez heureux si vous le mettez en pratique. 
(Jn 13, 1-5.12-17)

En tant que pasteur, nous sommes bien sûr appelé comme tous les chrétiens, tous les disciples du Christ, à nous laver les pieds les uns aux autres, autrement dit à nous mettre au service. Un service qui s'avère gagnant, nous apportant le bonheur!

"Il a plus de bonheur à donner qu'à recevoir" 

Se mettre au service comme dans l'accompagnement de personnes qui ont besoin, à un moment donné de leur vie, de faire le point, de prendre du recul, de retrouver la paix. J'ai eu la joie de vivre un moment de grâce chez une dame du village qui avait sollicité "une visite du pasteur". Ecoute, décentrement, paroles et partage autour d'une vie brisée à reconstruire, à ré-illuminer. Un chemin long mais où parfois, l'Esprit Saint peut agir d'une puissance insoupçonnée. De mon côté, je n'ai fait qu'écouter cette dame et partager ma foi avec elle en cheminant 6 mois ensemble. Ce matin, elle me remercie de tout ce que je lui ai apporté, du guide que j'ai été pour elle. Peu conscient d'avoir fait cela, je réponds humblement: "je n'ai fait que vous écouter, le reste, c'est le patron qui l'a fait...". Mais nous rendons grâce ensemble pour les richesses partagées. Et me revient alors ce verset des Actes dans la bouche de Paul rapportant des propos de Jésus : "Il a plus de bonheur à donner qu'à recevoir" (Ac 20,35). Avant de partir, je lui tends une Bible. Emue, elle me remercie encore. Dieu est passé par là. L'Esprit lui a redonné la paix intérieure.

Accompagner, se mettre au service

Accompagner, c'est donc se mettre au service des autres. Accompagner, c'est comme la course à pied. Dans la vie, parfois il y a des descentes "casse-gueule", parfois des obstacles éreintants, parfois c'est facile, parfois on a besoin d'aide. Accompagner, c'est idéalement être cette ombre qui nous suit, ou nous devance, c'est selon. Accompagner, c'est se mettre au rythme de l'autre, le soutenir quand il en a besoin, lui offrir un chemin quand il est perdu. Accompagner, c'est comme la Moldau qui coule tout au long de notre vie pas toujours tranquille. Accompagner, c'est s'ouvrir à la présence de Celui qui nous accompagne en tout temps.


Accompagner, c'est former une communauté d'hommes et de femmes qui se soutiennent, qui gardent les liens entre eux, qui se tiennent les coudes, comme on dit chez nous, pour passer ensemble les épreuves de la vie. Comme au camp de KT avec ce parcours d'obstacle que chaque groupe devait passer ensemble, les bras unis les uns aux autres. Une belle métaphore de la vie. Car au fond, comme nous le redisent les catéchumènes avec ce mot, le message reste le même pour tous : VIVRE !

lundi 14 octobre 2013

A tribute to Mamia Ebenhezer Woungly-Massaga

A l'occasion de la commémoration du 10e anniversaire de la mort de  Mamia Ebénézer WOUNGLY-MASSAGA (12/09/1950 – 14/10/2003), ce dimanche 13 octobre à Lutry, je tenais à partager avec vous, chers lecteurs du blog, ce texte...

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je ne puis suis malheureusement être des vôtres, pris par des activités catéchétiques. Mais moi, Benjamin Corbaz, pasteur, je tenais à vous adresser ce message en cette occasion spéciale pour cet homme si spécial qu’a été Mamia Ebenhezer Woungly-Massaga, message que je vous fais parvenir si la sono de Lutry le veut bien !

Vous en conviendrez, c’est quand même fou, la vie. Parfois il y a des rencontres qui changent le cours d’une vie. Ce soir-là, en octobre 2002, Ebenhézer était venu nous trouver lors d’un camp de catéchisme à Arzier. Ce soir-là, je découvrais pour la première fois cet homme dont charisme m’a tout de suite captivé. Ses paroles, simples et directes, m’ont touché en profondeur. Ce soir-là, la rencontre avec cet homme allait tout changer.  Car ce soir-là, l’Esprit a soufflé. Avec vigueur. Il nous a soufflé, à nous les jeunes du camp, les JPs, l’idée d’un projet de partage et d’échange au Cameroun. Ebenhézer, par ses paroles et sa foi, nous avait mis en marche. 

Sans que je ne le sache alors, cette rencontre allait moi aussi me mettre en marche. Comme j’étais le plus âgé des JPs, j’ai rapidement pris les choses en main, cherché des appuis, initié la construction du projet ensemble ave le DM.



Mais le décès abrupt d’Ebenhézer a tout remis en cause. A cause – entre autre – de cela, le diacre qui devait nous accompagner au Cameroun a décidé de se retirer du projet. Nous nous retrouvions alors avec un projet, des fonds récoltés, mais sans ministre de l’EERV pour nous y accompagner… J’ai donc dû prendre mon bâton de pèlerins, comme j’aime à le dire, pour aller trouver des ministres de l’EERV et c’est pendant cette « tournée » si j’ose dire que certains m’ont interpellé sur la théologie et sur une vocation de pasteur pour moi… Un appel que soudain j’ai entendu …

Ainsi, là encore, Ebenhézer et sa mort ont eu de grandes répercussions pour moi. En fait, si l’on y pense, c’est ce tragique départ qui m’a fait entendre l’appel de Dieu à le suivre, c’est au fond grâce à Ebenhézer que je suis devenu pasteur.

Alors aujourd’hui, 10 ans plus tard, je ne puis m’empêcher de penser à lui. Cette année, j’ai eu la joie de vivre ma consécration pastorale à la cathédrale de Lausanne. Et j’en connais qui a dû sourire, en voyant cela de là-haut. Je suis donc très reconnaissant pour tout ce qu’il m’a apporté. Tout ? Oh cela a été à peine une soirée. Mais cette soirée a changé ma vie et m’a mis en chemin à la suite du Christ en tant que pasteur. Jamais je n’oublierai Ebenhézer, jamais je n’oublierai sa vigueur, sa profondeur, son charisme.

Merci Seigneur pour avoir placé Mamia sur notre chemin… Nous rendons grâce à Dieu !
Amen !