jeudi 27 mars 2014

Jeûner, une expérience décapante

Ca y est, nous avons croqué la pomme. Après 7 jours de jeûne complet, nous avons rompu le jeûne, ce soir, après une belle célébration dans le temple de Lutry. Le temps de rendre grâce pour ce qui a été vécu et pour nous inviter à la confiance pour la suite de notre chemin...

Ouvrir les yeux

Célébrer est une grâce magnifique, mais ce soir c'était difficile. Après une semaine de jeûne, en effet, j'ai vécu une dernière journée hardue, sans énergie, trop plein de fatigue accumulée cette semaine. Je termine donc cette semaine sur les rotules, mais avec le sentiment d'avoir vécu une expérience décapante: rien ne peut nous faire vivre de telles choses! Et s'il est difficile pour moi de prendre du temps pour vivre cette semaine, j'ai pu y redécouvrir des bénédictions de Dieu sur mon chemin avec des instants de grâce simplement fantastiques. Jeûner, bien sûr c'est se priver, mais c'est surtout prendre le temps d'ouvrir les yeux. Sur sa réalité. Sur son entourage. Sur la société. Sur la présence de Dieu dans nos vies. Et quelle présence! Cela va me nourrir, véritablement, pour la suite de mon ministère...

L'essentiel: Dieu et... la communauté

Et puis, ce jeûne m'a confirmé l'importance de la communauté. Dans notre société individualiste, il
est trop difficile de vivre, et de traverser nos déserts, seuls. La force de la communauté, c'est le soutien, c'est le partage. Cette semaine, la richesse des partages bibliques m'a époustouflé: comment à partir de la Parole chacun-e est inspiré-e et inspire la vie des autres... C'est une magnifique leçon pour le ministère aussi. Et si nous prenions plus de temps pour méditer la Parole ensemble, en communauté ? Car l'essentiel nous mène vers Dieu, mais en communauté! Seul, à nouveau, nous ne sommes rien.

Alors avant de reprendre le chemin de ma vie "normale", je me souviens de chaque personne rencontrée, chaque instant de grâce donné. Quelle lumière! Qu'elle puisse m'accompagner sur ma route vers Pâques qui ne sera pas de tout repos!


mardi 25 mars 2014

Jeûne, jour 5: la solidarité

Le jeûne que je préfère, n’est-ce pas ceci :
dénouer les liens provenant de la méchanceté,
détacher les courroies du joug,
renvoyer libres ceux qui ployaient,
bref que vous mettiez en pièces tous les jougs !
N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé ?
Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras,
si tu vois quelqu’un nu, tu le couvriras :
devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas.
Alors ta lumière poindra comme l’aurore,
et ton rétablissement s’opérera très vite.
Ta justice marchera devant toi
et la gloire du SEIGNEUR sera ton arrière-garde. 
(Esaïe 58, 6-8)

Le jeûne n'est pas une affaire individuelle. Bien sûr, c'est un défi personnel, avec toutes les épreuves et les tentations qui se placent sur notre chemin. Mais l'essentiel n'est-il pas aussi de se mettre en communion avec ceux qui ne jeûnent pas par choix, ceux qui n'ont pas les moyens de manger ? La solidarité n'est donc pas un vain, ni une idée abstraite, mais quelque chose de tout à fait concret...

La solidarité au loin...

Dans notre groupe, le partage se vit aussi pour les projets d'Action de Carême et Pain Pour le Prochain en faveur de projet de développement, que ce soit au niveau agricole ou industriel, notamment dans l'industrie du textile. La campagne vise cette année plus de justice notamment dans les usines, comme le montre le projet soutenu au Bangladesh. Ainsi nous aurons l'occasion, jeudi, lors de notre célébration de rupture de jeûne, de faire notre offrande en faveur de ces oeuvres.

... ou tout près de chez nous !

Au niveau personnel, la journée fut bonne, même si elle fut bien chargée. J'ai pu profiter de 
rencontres et de partage... parfois inattendu! Comme ce SDF, à la place de la gare, prostré sur lui-même. Je passe devant lui, sans vraiment le voir. Puis je m'arrête. Et repense à mon jeûne. Je fais marche arrière et lui demande s'il a faim. Il répond par l'affirmative. Je vais donc lui acheter un sandwich à la boulangerie de la gare. Devant la rangée de sandwich, je ne suis même pas tenté. Oui, ces 7,50 chf seront bien investis! Donner un peu de ce que l'on ne dépense avec la nourriture que nous achèterions, c'est le principe du jeûne. Je reviens avec mon sandwich et le visage de l'homme s'illumine. Le jeûne que je préfère, dit Dieu, n'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé ? (...) Alors ta lumière poindra comme l'aurore...

Vraiment, il est juste et bon de te rendre grâce !

lundi 24 mars 2014

Jeûne, jour 4: un moment de grâce

Après un week-end éprouvant d'épreuves (si, si!), après un dimanche où j'ai senti mes limites, ma vulnérabilité, mes frustrations, enfin, la résurrection. Enfin la grâce. Enfin... la plénitude!

S'asseoir sur un banc 5 minutes avec moi
 
Un instant. Simple. S'asseoir sur un banc 5 minutes avec moi (et Elie qui dort dans son landau). Observer le va-et-viens des ouvriers stressés. Se poser. Souffler. Ouvrir les yeux. Ecouter. Instant de joie, de grâce. La rosée qui perle sur le brin d'herbe. Inattendu. Presque invisible. Mais d'une beauté. Les voisins qui s'émerveillent devant Elie. Et pour la première fois de ce jeûne, goûter l'instant. M'émerveiller. Et rendre grâce. Sentiment de plénitude...

Faire les courses: la prise de conscience

Faire les courses, cela aurait pu être une galère, une épreuve, voire une niche à tentations (pas la pomme, hein! - cf la photo de gauche). Au final, j'en ai surtout profité pour goûter les odeurs - le jeûne me permet aussi de développer mon odorat! - et prendre du recul sur nos modes de consommation. Prendre du recul et prendre conscience.

Car en regardant ces immenses étalages, je n'ai pu m'empêcher de penser à notre société de surconsommation de fou. Devant les étalages de chocolats de Pâques, surgarnis, surabondants, surplein, j'avais juste envie de m'écrier: MAIS ALLO QUOI! Notre société cherche à tout prix le profit, dans quel monde vivons-nous? Elle vit dans une surabondance opulente et obscène. Ne sommes-nous
pas en train d'aller dans le mur ?

Ce jeûne me permet de prendre du recul, mais plus que le sentiment de faim, ce qui m'habite, c'est plutôt le sentiment de dégoût.

dimanche 23 mars 2014

"Au creux de nos manques, de nouvelles ressources et des bénédictions !" (prédication du 23 mars 2014)

Chers paroissiens de Belmont-Lutry,

Vous le savez, je suis dans ma période « couches et biberons ». Permettez-moi d’en rajouter une couche, si j’ose dire, et de vous raconter cette anecdote. Cette semaine, j’ai eu la joie de donner mon premier biberon à mon fils de 7 semaines, justement, grâce au fait que mon épouse avait tiré son lait. Encore faut-il savoir combien de lait il fallait tirer. « 80 ml ? Oh ça devrait suffire. » « Non plutôt 100ml ! » « Allez, 120 ml, c’est plus sûr ! » « Vraiment… T’es sûr qu’il va pas en manquer ? » (silence) Le manque. Et la peur de manquer venaient de faire irruption.

La peur de manquer


J’imagine que vous pouvez penser à de nombreuses illustrations de cette peur de manquer : combien de repas trop riches ou trop garnis… « au cas où », combien d’armoires trop remplies, combien de photocopies en trop « pour être sûr »… Bien sûr, cela peut sembler banal, car notre société d’après-guerre est traversée par cette peur de manquer, notamment de nourriture, mais aussi de tout le reste ! De nos jours, elle en est même devenue une société du trop plein. Quant au manque, eh bien si nous en avons peur, c’est qu’il est considéré comme une épreuve, comme un désert qui peut nous mener… à la mort. Si l’on manque de nourriture, en effet, ou si nos manques touchent nos besoins vitaux, alors nous nous dirigeons vers la « vallée de la mort ». En bref, derrière le manque, bien souvent, c’est la peur de la mort. Et nous pouvons nous poser cette question du manque également… pour notre Eglise. Si dans notre paroisse, nous souffrons d’un manque de forces vives, de bénévoles, de conseillers, d’argent aussi, est-ce que cela voudrait dire que la paroisse serait appelée à traverser elle aussi la vallée de la mort ?

Je plombe un peu l’ambiance, je vous l’accorde. D’ailleurs parfois, nous serions tenté, dans nos
déserts, face à ces manques, de succomber à la tentation de la question que se pose le peuple d’Israël : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? » (TOB) Autrement dit, est-il VRAIMENT avec nous ou nous a-t-il abandonné, nous son peuple bien aimé ? (silence) Serions-nous, nous aussi, en train de mettre Dieu à l’épreuve comme l’a fait le peuple d’Israël dans le désert, devant nos manques, en demandant à Dieu : DONNE-NOUS DE L’EAU A BOIRE ! ou pour nous : DONNE-NOUS DES CONSEILLERS ! DES BENEVOLES ! DE L’ARGENT !


Une promesse: Dieu pourvoira

Et pourtant, nous pouvons entendre ce passage de l’Exode et son dénouement miraculeux comme une promesse. Car le message que nous pouvons retenir de ce texte, c’est que, aussi simplement dit que ceci : Dieu pourvoira. Dans ce récit de l’Exode, c’est par un miracle, étonnant et inattendu, qu’il pourvoit avec l’eau qui jaillit du rocher frappé par le bâton de Moïse. Nous aussi, nous recevons cette promesse que Dieu pourvoira à nos manques. Comment ? nous le savons guère, peut-être par des chemins détournés inattendus qui nous étonneront, mais Dieu y veillera.

Le psaume 23, à la fois "nourriture" et "bénédiction"

Le manque est aussi une thématique qui saute aux yeux dès les premiers versets du psaume 23 dont une lecture juive en éclaire la signification à travers le jeu des nombres. Figurez-vous en effet qu’en hébreu, les 57 mots du psaume 23 sont l’équivalent numérique du mot « nourriture ». Et les 227 lettres de ce psaume correspondent au mot « bénédiction ». (silence) Autrement dit, le psaume 23 est à la fois « nourriture » et « bénédiction » pour celui qui le prie.

Le manque, essentielle case vide de nos vies

Car le manque ne peut pas se comprendre sans la nourriture et la bénédiction. Le manque, c’est en
quelque sorte l’essentielle case vide dans le jeu de nos existences. Vous connaissez ce jeu carré où l’on doit déplacer les pièces numérotées pour les remettre dans l’ordre. Sans le vide, sans la pièce qui manque, impossible de bouger, impossible de changer. Nous avons donc besoin du vide, du manque, pour, d’une part, évoluer, grandir parfois, et d’autre part, pour y découvrir les bénédictions que Dieu nous donne. Car sans manque, si n’avons pas faim, il est difficile de connaître la réalité de ces bénédictions présentes dans nos vies.

Pour entrer dans l’allégresse de la bénédiction, pour se réjouir d’avoir le Seigneur pour berger, il faut en revenir à ce simple mot : « nourriture ». Cette nourriture qui nous manqua peut-être jadis, qui manque à d’autres aujourd’hui, et qui, de nos jours par nos contrées, ne nous manque plus.  Mais alors, de quelle nourriture manquons-nous en Suisse, aujourd'hui ? (silence)

Le pain qui nous manque, me semble-t-il, n’est pas fait d’eau, de farine et de levain. C’est un pain de mots, de souffle, d’amour et surtout de confiance. Le pain d'une prière toute simple : la prière de l’enfant.  Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai rien. Ou dans les mots de Jean-Baptiste* : Je fais de Lui mon Responsable, Il s’occupe de moi, y compris de mes manques. Comme un père aimant, il ne nous oubliera pas, et même plus ! Et même si j’en viens à douter de Sa présence comme de Son existence, Même s’il m’arrive de ne plus comprendre le sens de ma vie, Je n’en fais pas un drame, Seigneur, car Tu est mon Accompagnant. 

Appelés à la confiance

Ainsi, face aux manques qui nous angoissent et à nos questions existentielles qui nous taraudent, face au vide qui provoque en nous un vertige, nous sommes appelés à la confiance avec cette prière simple et pure : Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai rien. Oui c’est nourriture et bénédiction que de dire ces mots-là. Il y a comme une puissance mystérieuse dans les mots du psaume lorsqu'il est médité, lorsqu'il est confessé avec foi, lorsqu'il est reçu comme nourriture de l'âme.

Alors ce matin, chers frères et sœurs, c’est un message d’espérance que je vous apporte. Au creux de nos manques, nous pouvons trouver de nouvelles ressources et même, peut-être, discerner les bénédictions que Dieu nous donne ! Mais cela ne se fait pas sans cette confiance qu’a le psalmiste qui doit aussi nous habiter.

Oser, dans le manque, la confiance pour découvrir de nouvelles ressources, c’est ce que je vis, avec
un groupe, en cette semaine de jeûne qui a commencé pour nous vendredi. Oui dans le jeûne, alors que nous devenons physiquement plus faibles, alors que nous manquons de nourriture, nous découvrons d’autres ressources en nous, insoupçonnées, comme miraculeuses. Dans la confiance face à ce défi du jeûne qui me semblait au début, je dois vous le confesser, insurmontable, eh bien de nouvelles énergies se font sentir. Comme par miracle. Ainsi dans le jeûne, face au manque, le miracle du Dieu berger qui pourvoit est bel et bien à l’œuvre.

Rester en lien avec Dieu 

Et vous, chers paroissiens, de quel manque souffrez-vous ? quel manque craignez-vous ? (silence) Et bien face à ces manques, qu’ils soient potentiels ou réels, le psalmiste nous invite à la confiance ! Confiance aussi pour l’avenir de notre paroisse et de notre Eglise, si nous savons restés ancrés dans le lien avec Dieu : Seigneur, je resterai en lien avec Toi Jusqu’à la fin De mes Jours, réécrit Jean-Baptiste. Et ainsi, même si je marche dans un ravin d’ombre et de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi (TOB). Ainsi, même la Vallée de la mort, celle du deuil, deuil de relations, de personnes, voire deuil de conception d’Eglise, oui même cette vallée de la mort et du deuil pourra être ainsi traversée avec cette confiance.

En conclusion, je vous invite à un acte symbolique collectif. Pour redire qu’au creux de nos manques, nous pouvons trouver de nouvelles ressources et même discerner des bénédictions, pour redire que face à nos peurs nous pouvons placer notre confiance en Dieu, je vous invite à vous lever, à vous donner la main les uns aux autres pour symboliser que nous formons ensemble un même corps, une même communauté, qui parfois souffre ensemble, qui parfois vit des moments de joie ensemble. Puis je vous inviterai à répéter après moi : Le Seigneur est notre berger, nous ne manquerons rien pour signifier notre confiance en Dieu face aux manques que nous vivons ! Car ne l’oubliez pas : Dieu pourvoira.

Ainsi, dans la confiance, nous pouvons dire : Le Seigneur est notre berger, nous ne manquerons rien.

Amen.


Prédication dite le 23 mars 2014 à Lutry lors du culte 
précédant l'assemblée paroissiale ordinaire et constitutive.

* Note: sur le feuillet de culte se trouvait la réadaptation du psaume 23 faite par le pasteur Jean-Baptiste Lipp:

Je fais de Lui mon Responsable,
Il s’occupe de moi, y compris de mes manques.

C’est Lui qui vient casser mon stress
Et m’invite à m’arrêter au bord de la route ou de la rivière.

C’est Lui qui me donne le ressourcement, 
Il m’inspire de bonnes rencontres et de bonnes lectures
Parce qu’Il est le Répondant de toutes les familles, 
Générations et nations.

Et même si j’en viens à douter de Sa présence 
Comme de Son existence,
Même s’il m’arrive de ne plus comprendre le sens de ma vie,
Je n’en fais pas un drame, Seigneur, 
Car Tu est mon Accompagnant.

Tu m’inspires, Tu me revendiques comme l’un des tiens,
Voilà ce qui me pose et me repose.

Face à ceux qui veulent ma peau, 
Tu prépares une grande fête à mon honneur !
Tu m’accueilles en m’inondant de tendresse.
Tu accomplis mon existence à ras bord.

Oui, tous les jours de mon existence,
Je serai suivi – que je le veuille ou non – de Ta bienveillance
Sur chacun de mes pas,
Y compris mes faux-pas.

Seigneur, je resterai en lien avec Toi
Jusqu’à la fin
De mes jours.


Amen.




samedi 22 mars 2014

Jeûne, jour 2: entre frustrations et abandon

Deuxième jour de jeûne, et le chemin s'avère un peu "montagne russesque". Retour sur une journée riche qui a filé rapidement.

D'abord l'abandon

Ce matin, en petite forme, je me rends à l'office que je me suis tenu de donner chaque jour à 8h30. Pensant être seul, je me retrouve avec une autre jeûneuse pour un temps, véritablement, de ressourcement, d'ancrage, et d'abandon. Nous prions. Je m'abandonne à Dieu. Quel bonheur! Je repars avec une énergie nouvelle... Sous la pluie, il est peu agréable de marcher, mais le coeur est à la fête. Et au chant: Veni Sancte Spiritus! Viens Esprit Saint, habite ma journée!

Puis la tentation

Puis j'avais la joie de vivre un mariage dans ma famille. Joie de retrouver ma famille que je trouve très belle. Autour de ma grand-mère de 87 ans s'est construit un véritable "clan" des Corbaz, dans le quartier de Corsy qui est désormais le coin des Corb'! Entourée de ses 3 enfants (et leurs conjoints), des ses 8 petit-enfants, des ses 4 arrières-petits-enfants, ma grand-mère, même si elle baisse, rayonne. Quelle famille! Et quelle joie d'en faire partie! Quelle joie aussi de prendre enfin du temps avec mon fils pendant ce mariage: loin des petits fours, c'était vraiment la relation qui était au centre!

Le jeûne fut donc pour moi l'occasion de remarquer mon attachement à la terre de mes ancêtres et à ma famille. Mais ce mariage fut aussi difficile à vivre, avec une sensation de faim toujours bien présente. A ce sujet, une co-jeûneuse me disait: "dis à ta tête que cela ne va pas arriver!" Plus facile à dire qu'à faire, surtout devant de délicieux petits fours accompagnés de vins délicieux. La tentation fut forte pour moi. Mais je tins bon.

Enfin la frustration 

Au retour à la maison, un sentiment de frustration m'habite: à peine puis-je profiter de passer un peut de temps avec mon fils que déjà je dois repartir pour la séance des jeûneurs. Si l'an passé, j'avais l'impression d'avoir vraiment plus de temps, cette année avec un bébé c'est bien différent. Et c'est une frustration pour moi de ne pas pouvoir être plus à la maison...

Mais ce soir, encore une fois, la séance avec les jeûneurs me rebooste, me soutient, me dynamise. Les chants de Taizé m'accompagnent. Et puis, chaque jour est différent. Et demain sera un beau jour, j'en suis sûr.

vendredi 21 mars 2014

Jeûne, 1er jour: le début de la traversée du désert

C'est parti! Mon premier jour de jeûne est derrière moi avec une belle journée, mais aussi bien des moments difficiles. Car au fond, c'est quand même un peu une traversée du désert que je vis.

Cette première journée, je l'ai passée en retraite à Crêt-Bérard, dans un cadre magnifique et avec le
Crêt-Bérard sous le soleil: une grâce
 soleil, s'il vous plaît, avec mon cher collègue qui, lui, ne jeûnait pas. L'occasion de prendre du recul sur notre paroisse, notre région, notre Eglise. L'occasion de prier, de méditer. D'écrire aussi, pour préparer ma prédication de dimanche autour du manque. Ma conviction, c'est qu'au creux du manque, de nouvelles ressources se font voir. A vérifier cette semaine! ;-)

L'importance de la communauté

Car pour l'instant, le chemin n'est pas simple. La sensation de faim fut très forte à midi et le soir. Mon ventre, pas encore habitué, crie littéralement famine. J'ai faim. J'ai faim, oui mais de quoi ? Faim de nourriture spirituelle, faim de prière, faim de partage aussi. C'est si important d'être plusieurs sur ce chemin, de se sentir soutenu. Je n'arrive pas à décrire le plaisir que j'ai eu, ce soir, à retrouver le groupe. Vraiment, comme Jethro le demande à Moïse (Ex 18), nous nous allégeons mutuellement pour porter ensemble ce qui est lourd dans cette "traversée du désert" (sans dessert!) ;-). Oui je redécouvre l'importance de la communauté dans ma vie. Au fond, ne serait-on pas en train de perdre cela dans notre Eglise? qu'est-ce que la communauté ? où s'arrête-t-elle? comment recréer un sentiment communautaire dans nos paroisse? De vastes questions qui m'habitent profondément.

Le Clin d'oeil de Dieu et la confiance 

Ma prédication de dimanche (qui précédera l'assemblée de paroisse), autour du manque, parlera aussi
La confiance en l'Eglise de demain
la question du manque de bénévoles, de conseillers, de forces vives dans nos paroisses. C'est un réel souci pour nos paroisses pour leur survie. Et pourtant, méditant le Psaume 23 et son cri de confiance ("Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien"), je discerne l'humour de Dieu dans la situation de ce jour. A Crêt-Bérard, en effet, se réunit ce jour-là la Commission de Formation au Ministère (CFM) avec l'audition des candidats à l'entrée en stage pastoral (dont ma future belle-soeur Alice) et diaconal. Clin d'oeil de Dieu m'invitant à la confiance: la relève sera là. Dieu y pourvoira. Peut-être l'Eglise devra-t-elle changer dans le futur, mais nous serons toujours là.

"Dieu y pourvoira": un message aussi pour ma semaine de jeûne...

jeudi 20 mars 2014

Jeûne J-1: mais pourquoi je fais cela?

Ca y est, c'est reparti. Dès demain, je vais jeûner, comme l'an passé. Seul la journée, en groupe le soir, je vais vivre cette expérience et... me laisser déplacer.

Pas la grande motiv'

Je sais que cela va être bien, mais aujourd'hui, J-1, je n'ai pu m'empêcher de penser: "mais pourquoi je fais cela? Je suis un fou, non?" Il faut dire que cette année n'est pas de tout repos, avec la venue au monde d'Elie (joie) et les nuits saucissonnées (moins joie). Cette semaine, mal au crâne, déjà, et pas la grand motiv'. Comment vais-je réussir à gérer la fatigue et mon corps plus faible sans alimentation? Comme dirait un collègue: "mais est-ce bien raisonnable?"

Et pourtant, devant cette inquiétude, j'ai comme un pressentiment. Bien sûr, cela sera difficile. Et cela a déjà commencé à l'être cette semaine avec la réduction petit à petit des aliments (quand tu vois ta femme manger une belle assiette de pâtes avec sauce champi saupoudrée de fromage, c'est dur de se contenter de sa salade de fruit). Mais je sens la présence de Dieu avec moi. Comme un père aimant.

Une promesse de bénédictions

Ce soir, nous avons formé le groupe pour la première rencontre et c'est toujours une richesse énorme
de pouvoir partager autour des textes bibliques. Ce soir, je garde de Gn 15 à la fois de déplacement d'Abram (Dieu le fait sortir de sa tante), qui place sa confiance en Dieu, et la promesse de bénédictions de Dieu à son égard... comme un ciel étoilé! Ces mots résonnent aussi en jour avec la promesse d'une semaine de jeûne certes difficile, mais remplie de bénédictions.

A suivre sur ce blog.

jeudi 13 mars 2014

Osons être prophétiques !

Marrant l'humour de Dieu, quand même. Ce matin, comme tous les jeudi, je me rends à l'office de prière à Belmont. Nous chantons, nous prions, nous lisons la Bible, le texte de la consécration de Saül par Samuel. Comme d'habitude, je lis le commentaire de pain de ce jour que vous trouvez ici. L'auteur du commentaire nous parle des signes de Dieu: comment les repérer dans nos vies ? Nous avons besoin de clairvoyance, d'humilité et peut-être aussi de la médiation d'autres hommes et femmes. Je prie Dieu de me donner cette humilité mais aussi cette clairvoyance pour voir ses signes (pas les points blancs sur le lac, hein?).

Sur les ondes de la RTS!

En courant à mon rendez-vous suivant, je remarque sur mon natel un message d'une paroissienne... ayant entendu parler de moi à la RTS ce matin! La courte émission "Sonar" traite de la présence du Pape François sur les réseaux sociaux. Et les protestants alors? La journaliste parle des institutions, puis d'un certain pasteur de la Conversion, "pasteur 2.0" comme j'aime à me décrire, en relayant des tweets autant sur la relégation du LS (et la bière!), sur mes séries TV préférées, que sur la campagne oecuménique de carême. Ceux qui me connaissent bien trouveront cet aperçu assez proche de qui je suis au fond (vous pouvez écouter l'émission ici).

Alors bien sûr, je ne suis qu'un simple serviteur, "inutile" comme dit l'Evangéliste Luc (17,10), mais j'ai comme serviteur une mission: témoigner. Témoigner de l'amour de Dieu pour les hommes et les femmes, témoigner de sa Bonne Nouvelle, témoigner de la Grâce qui m'est faite. Et Dieu sait si dans notre société, dans notre monde, c'est difficile. Parfois, j'ai l'impression de ne pas avoir la force. Comment pouvoir porter l'Eglise qui elle-même porte cette Bonne Nouvelle ?

Va avec cette force que tu as

La suite de ma matinée a été passée à me plonger dans les textes bibliques avec ceux de l'ABOR (Animation Biblique Oecuménique Romande) sur la thématique de la promesse. M'est revenu alors ce verset, cette promesse, qui me porte depuis mon appel à suivre le Christ en 2004: "Va avec cette force que tu as (...), c’est moi qui t’envoie ! (...) Je serai avec toi!" (Juges 6,14-15). Je suis touché par cette promesse de Dieu faite à Gédéon, bien sûr, mais que je reçois pleinement, appelé que je suis à être dans le monde un envoyé, avec la force que j'ai, avec mes faiblesses aussi, en bref avec tout mon être.


Et à la pause, un frère dans la foi me parle du dernier texte du Pape François (encore lui!) dont le discours au secrétaire général du COE exhorte les chrétiens à être "prophétiques" (dans les termes de mon frère dans la foi qui me rapporte la chose): "The Spirit, however, urges us not to be afraid, to go ahead with trust, and not to content ourselves with the progress that we have been able to experience in these décades." (texte complet ici, malheureusement pas de traduction en français). Être prophétique. Je suis touché, à nouveau...

Etre prophétique 

Petit à petit, je mets les pièce du puzzle les unes avec les autres, le commentaire de l'office du matin avec l'émission de la RTS, le verset de la vocation de Gédéon avec l'exhortation du Pape François. Et je réalise que ce sont au fond... des signes que Dieu m'envoie! Et qu'il m'appelle à être, à mon tour, en tout humilité, prophétique! En osant faire bouger les choses!


Etre prophétique, dans l'oecuménisme. Comme je le rappelais dans ma conclusion de mémoire de Master sur l'avenir de l'oecuménisme, citant les exemples de frère Roger et de l'Abbé Couturier).

Etre prophétique, comme Eglise dans le monde.

Etre prophétique, comme homme qui témoigne.

Etre prophétique, oui mais, en ai-je la force?

Va, avec cette force que tu as, c'est moi qui t'envoie!

Osons!

Alors en ce jour, j'ai envie de relayer cette exhortation que je reçois: osons être prophétiques, sur les réseaux sociaux, dans les médias, dans la société, dans nos rapports institutionnels. Et cela commence par nos rapports les uns avec les autres. Osons être prophétiques, par pour nous, mais pour rappeler ce qui est au centre : l'amour du Christ pour nous, ses serviteurs.

PS: Clin Dieu final, je trouve cette image sur twitter juste avant de publier ce message: ;-