mercredi 28 mai 2014

A vous de jouer ! (prédication de l'Ascension 29 mai 2014)

[en bas] En ce jour, comme je l’ai dit tout à l’heure, je suis purement et simplement dans la joie, une joie immense, clin d’œil à la louange de certains chants africains repris récemment lors d’un festival pour jeunes. Je suis dans la joie,une joie immense, je suis dans l’allégresse, car mon Dieu m’a libéré ! Yessss !!! Moi quand je suis dans la joie, je fais yesssss ! [en chaire] Ne vous inquiétez pas, je n’ai pas pris de substances illicites ce matin, juste beaucoup d’Esprit Saint saupoudré de joie communautaire et d’une bonne nouvelle sacrément bonne ! Oui la bonne nouvelle, vous la connaissez, Jésus a été ressuscité ! J’aime imaginer les disciples, et en particulier Pierre, peut-être celui qui paraît le plus austères d’entre eux, danser de joie à la  nouvelle de la résurrection.  Vous imaginez cela, les disciples qui dansent et chantent Je suis dans la joie, une joie immense, je suis dans l’allégresse, Jésus est ressuscité !


[Bruit SMS] Ah pardon, j’ai oublié d’éteindre mon natel. Ah, c’est une notification urgente du Matin, pas la version orange ni bleue, mais la version palestinienne : "Le Matin Galiléen". Ah, c’est un appel à témoin, je vous le lis:

URGENT
Monsieur Jésus, né le 25.12.00 à Bethlehem et domicilié à Nazareth, a disparu. Sa famille et ses disciples, qui étaient dans la joie de sa prétendue résurrection, sont sous le choc de sa disparition. La dernière fois qu’il a été vu, il était en Galilée, là haut sur le Mont tagne.

La police lance un appel à témoin. Toute personne en mesure de donner des renseignements ou de témoigner de la vie et de la résurrection de ce Jésus est priée de contacter urgemment la Police de Nazareth au 077 777 77 77 ou par email info@policedenazareth.ps.

Pfff. J’sais pas vous, mais moi je suis sous le coup de cette nouvelle. Comme assommé. Comme abasourdi. Comme atterré. Et je pense bien que Pierre, et les autres, sont aussi sous le coup. Jésus était ressuscité, quelle joyeuse nouvelle, mais voilà qu’il a disparu. Quelle bérézina, pire que la défaite de Wawrinka au 1er tour de Roland Garros, pire que la relégation du Lausanne Sports en Challenge League… Quelle affliction !

Besoin de témoins

Cet appel à témoin suite à la disparition de Jésus, et si ce matin on le prenait sérieusement ? Et si cet appel à témoin était aussi pour moi ? Et pour vous ? Et pour l’Eglise ? Parce qu’au fond, c’est vrai, l’Eglise, aujourd’hui plus que jamais,  a besoin de témoins. Ou notre Père, ou le Christ, ou l’Esprit Saint, en bref le Dieu trois fois saint a vraiment besoin de témoins. Si nous voulons que cette bonne nouvelle continue à circuler pour que les générations suivantes continuent à être dans la joie, nous avons besoin de témoins. Dieu a besoin de nous.

Oui mais… saurais-je être un bon témoin, une bonne témoine ? Non pas besoin d’être moine ou pasteur pour être témoin, chacune et chacun peut l’être, avec tout son être justement. Et Jésus nous réconforte déjà en avance dans le livre des Actes : l’Esprit sera avec nous pour nous aider à accomplir ce témoignage ! Mais vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre.

Faire don de soi

Témoigner avec tout son être, c’est également ce que dit l’apôtre Paul en exhortant les chrétiens de Rome. Il aurait d’ailleurs pu intituler ce chapitre 12 : A VOUS DE JOUER, tant il est vrai qu’il nous invite à entrer en action. Je vous exhorte donc, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel.  Qu’il est difficile à entendre aujourd’hui, ce terme de « sacrifice »… Et pourtant, n’est-ce pas là l’idée de l’engagement personnel ? Paul reprend l’idée du sacrifice d’animaux de l’ancien testament pour passer à l’offrande, au don de soi. Ce qui compte, c’est l’engagement personnel au service de Dieu qui nous désire à son service justement ! Chacun avec sa personnalité, avec ses qualités et ses défauts, car Paul le rappelle juste après : nous sommes comme un corps avec ses différentes parties qui sont complémentaires, mais toutes essentielles.

Joie, patience, persévérance

Bon, soit. S’engager comme témoin, ok, mais comment ? (un temps) Là encore, Paul nous donne des pistes : D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur. Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière. Quelle densité dans ces versets ! Il y a d’abord le service : se mettre au service de Dieu, des autres, de l’Eglise peut-être aussi, avec zèle, avec ferveur, avec tout son cœur, en y croyant… à fond ! Au jour d’aujourd’hui où les Eglises semblent se vider, si nous retrouvions la ferveur et la joie des premiers chrétiens ? C’est en tout cas un chemin que l’apôtre met en exergue. Oui mais comment servir ? Comme une réponse possible, il y a cette triade, quasi poétique, quasi divine, qui me fait penser à cet autre verset si connu : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Ici Paul nous parle de notre chemin de chrétien, de sa vérité et de nos vies pas toujours aussi simples et joyeuses que nous le souhaiterions. Joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière. Tout un programme pour servir Dieu, n’est-ce pas ? Joie, patience, persévérance. Témoigner avec joie, patience et persévérance, c’est l’appel de Dieu pour chacun de nous, pour que nous soyons ses témoins.


Joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière, n’est-ce pas là aussi le programme de ce qu’essaient de vivre les jeunes (et les moins jeunes aussi !) à Taizé ? la joie dans le chant et la rencontre, la consolation face à la détresse et aux difficultés de la vie, la persévérance dans la prière, par exemple face au silence rompu si souvent par des quintes de toux, et surtout la joie dans le partage et l’espérance que nous nous transmettons les uns aux autres. Dans ce partage qui est si essentiel dans nos vies, nous le savons bien, Paul nous exhorte à nous laisser transformer pour transmettre plus loin ce que nous y avons reçu, pour témoigner au monde de cette bonne nouvelle de Dieu qui nous aime inconditionnellement et qui invite à une vie nouvelle, car la mort sur la croix n’a pas eu le dernier mot.

A vous de jouer!

[en bas ] Alors… A VOUS DE JOUER, chers frères et sœurs, à vous d’entrer en action et de devenir ces témoins. Mais pour cela, rappelez-vous encore de ce verset que Paul écrit aux Romains : Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu. Oui laissez-vous transformer par cette bonne nouvelle, par l’irruption de l’espérance dans le monde où règne le mal, et qu’ainsi ce soit une vie nouvelle en Jésus Christ dont vous puissiez témoigner, avec ses fruits et ses manques. Car bien sûr, tout n’est pas complètement rose, il y a de la détresse, il y a le mal, il y a les déchirures. Mais le Christ est avec nous, et il nous donne une espérance à transmettre, à témoigner.

Allez donc, dit Jésus, dans ses derniers mots de l’Evangile de Matthieu. Allez et de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Jésus, par ces mots, nous lance à chacune et à chacun un appel à témoin. Saurons-nous, chacun à notre manière, y répondre en étant ses témoins ? Nous pouvons nous lancer avec confiance. Car Jésus, même disparu, même invisible, même « ascencionné », Jésus sera avec nous pour nous aider à ce témoignage comme il nous redit chaque jour: Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps.


Amen

mercredi 21 mai 2014

Comment communiquer en Eglise ?

Ces derniers temps, vous n'avez pas pu la manquer: la campagne "Ruban d'espérance" a été lancé en ce mois de mai et elle s'affiche un peu partout. Nicolas Friedli, avec sa plume "bien trempée", en fait la critique ici sur son blog. Comme disait un ami au sujet de ce spécialiste du net: "j'aimerais bien ne pas être d'accord avec lui, mais le problème c'est qu'il a quand même raison!" ;-) Oui, cette campagne sur la diaconie (purée mon correcteur automatique ne reconnaît pas ce mot et ne cesse de me le changer en "diachronie"), est en fait une mauvaise traduction de l'Allemand. Cette campagne vise à rendre davantage visibles les solidarités, le service, les bénévoles de nos Eglises réformées suisses qui font un travail, il est vrai, krolossal.


Un problème de comm' 

Mais le problème, c'est que perso j'ai mis 2 semaines à comprendre réellement de quoi il s'agissait. OUI, nous sommes tous et toutes des "rubans d'espérance" pour notre prochain par l'amour que nous lui portons, et OUI les Eglises font un superbe travail de solidarités pour mettre en lien. Et OUI le thème de l'espérance est central dans la théologie chrétienne. Mais j'ose m'insurger devant la qualité médiocre de la comm', notamment du site internet (http://www.diaconie-relie.ch/fr/): on ne pige pas de quoi il s'agit! Que recherche-t-on par cette campagne?

Certes, l'Eglise console, proclame l'espérance, relie (autant de points positifs de la campagne), mais je trouve tout de même qu'elle ne fait guère envie par cette campagne. Mais surtout on ne comprend pas très bien ce qu'elle cherche à dire. Un problème récurrent pour nos Eglise. Cherche-t-elle à proposer de l'aide à ceux qui auraient besoin ? Si l'internaute cherche véritablement de l'aide, en cliquant sur l'onglet "je cherche de l'aide", il tombe sur... une liste de paroisse, sans contact. Un comble.

Si nos Eglises ont des sous à dilapider pour de telles campagnes (OK, on me dira que cet argent émane d'un généreux donateur, mais ce n'est pas une raison, ou bien?), ne peut-on pas faire un effort sur la communication??? Le problème de ces affiches publiques, c'est qu'on ne sait pas ce que l'on veut communiquer. A qui s'adresse-t-on? quel message veut-on faire passer ? quelle image cela donne-t-il des Eglises? Pas une image jeune et dynamique, en tout cas.

Dépoussiérer l'image des Eglises, une mission impossible?

Ca me rappelle la campagne de pub de mon Eglise vaudoise "L'Eglise ça engage!"... D'abord, je tiens à dire que je loue cet effort de mon Eglise de parler de soi, de se montrer sur la place publique, d'investir de l'argent là-dedans. Mais diantre, au XXIe siècle, les Eglises doivent oser davantage se profiler ! Ainsi, je dois avouer ma déception à la vue de cette affiche qui me semble fort peu percutante sur plusieurs points, guère "engageante" si j'ose dire : premièrement je trouve le slogan peu accrocheur et guère correct syntaxiquement parlant, même si bien sûr je comprends le jeu de mots; par ailleurs, l'image de l'église et de dos de personnes qui y vont n'est guère moderne, pas plus que le puzzle qui fait années 1980. Où sont passés les visages qui forment le corps du Christ? Et d'ailleurs, où est passé le Christ là-dedans? Au fond, quelle image réductrice et passéiste de comparer l'Eglise à un bâtiment ecclésial!

Dès lors, je me pose la question : n'arriverait-on pas à dépoussiérer quelque peu l'image de nos Eglises ? ou bien serait-ce là une mission impossible (à confier dès lors à notre ami Tom)?

Adopteuncuré.com: drôle et décalé

J'ai été interpelé cette semaine par cette vidéo relayée par l'émission de la RTS Sonar de lundi. Afin de récolter des fonds pour leurs Eglises, les six diocèses de Normandie ont lancé la semaine dernière une campagne qui joue totalement sur les codes du web et des réseaux sociaux. Baptisée "Adopteuncuré.com", cette campagne qui cible les 18-40 ans s'appuie sur un site internet qui derrière une façade humoristique et décalée est une redoutable machine de communication et de récolte de dons.

L'image qui en ressort est celle d'une Eglise qui ose. Elle ose être décalée, elle ose jouer avec les stéréotypes, elle ose sortir des sentiers battus, même si cela ne plaît pas à tout le monde. Contrairement à la campagne "ruban d'espérance" qui reste dans le "gentillet"et dans "l'attendu" (mais qui n'est pas à négliger pour autant: la solidarité reste historiquement une des forces des Eglises protestantes), la campagne de l'Eglise normande décoiffe. D'ailleurs, la campagne helvétique ne soutient pas la comparaison sous la plume acerbe de Nicolas Friedli du point de vue de spécialiste du net qu'il est (comme on peut le voir "objectivement" sur l'image ci-contre)...

Vous voulez voir le spot pub d'adopteuncuré.com? Le voici, faites-vous une idée...


Être prophétiques

Au final, je reste avec cette question: comment communiquer en Eglise ? comment réussir à réutiliser les stéréotypes à l'égard de l'Eglise pour en donner une image jeune et dynamique qui fasse envie ? Pas une question facile, mais il me semble quand la société post-moderne, nous devons oser, oser être davantage prophétiques...

mercredi 14 mai 2014

Le CBOV et son identité

Ces derniers temps, nous nous activons pour préparer le Camp Biblique Oecuménique de Vaumarcus qui aura lieu du 6 au 11 juillet 2014 sur le thème des "Je suis..." de Jésus dans l'Evangile de Jean. Un camp tous âge et tout venant qui est toujours un moment fort de communion à la fois oecuménique et intergénérationnelle. A (re)découvrir pour vous aussi, cher lecteur ! Vous pouvez avoir plus d'infos ici et vous inscrire là.


Mais en attendant, je publie ici en avant-première un article sur l'identité de ce camp, article qui sera dans le dossier théologique distribué à tous les participants.


« Qui suis-je ? » : réflexions sur l’identité CBOVienne

Qui suis-je ? La question nous est posée individuellement, mais aussi collectivement : qui sommes-nous, en tant que camp biblique œcuménique de Vaumarcus, et qui suivons-nous ? La question m’a été posée, voici ma réponse de coordinateur.

Depuis quelques années, l’association du CBOV dispose d’une charte, élaborée par un groupe de membres. Ce remarquable travail a suscité de nombreuses discussions, réflexions et autres interrogations justement sur l’identité du camp. Aujourd’hui, il vaut la peine de relire ce texte (page suivante) avant de répondre à la question « qui sommes-nous ? ». Après 70 ans de camps qui forment une riche histoire à la fois de tradition et de créativité, le camp se positionne aujourd’hui dans une identité certes plurielle, rassemblant des individus bien divers (et c’est beau ainsi !), mais aussi une identité centrée à la fois sur la communauté, la Parole qui nourrit nos vies et la recherche de l’unité. Trois points incontournables du camp qui forment à la fois sa vision et sa mission, pour reprendre les termes de la charte. 

Pas une Eglise


Mais la mission du CBOV n’est pas d’être centrée sur soi-même. Parfois des jeunes se disent « de
Vaumarcus », du « CBOV » comme confession, et c’est touchant. Certes, l’attachement à cette communauté que nous formons est beau, et il faut le consolider par un vécu fraternel et intergénérationnel toujours présents. Mais le CBOV n’est pas une Eglise. Sa vocation, chrétienne, est de marcher sur les traces du Christ, offrant ressourcement et, peut-être, renouvellement des forces de nos Eglises confessionnelles régionales. Notre semaine sur « la colline » de Vaumarcus, comme à Taizé, doit inspirer nos Eglises dans les « vallées », leur insuffler un esprit d’ouverture et de créativité, cet esprit vaumarcusien qui dure depuis 70 ans. Se laisser inspirer par l’Esprit Saint qui, lui aussi, souffle à Vaumarcus !

Le Christ au centre


Aujourd’hui, nous affirmons donc à la fois notre ouverture à chaque participant-e, l’accueillant pleinement dans la communauté que nous formons au CBOV, quelles que soient ses convictions. Cependant, loin de nier nos racines et notre histoire chrétienne, nous redisons notre attachement à la Bible, aux valeurs chrétiennes, à la recherche constante de l’unité entre frères et sœurs chrétiens. Au centre, donc, au-delà de nos différences, formé par nos mille visages divers, c’est le Christ. C’est à la fois lui qui nous rassemble, et à la fois lui que nous suivons. L’alpha et l’oméga. Le début et la fin. Mais surtout, c’est lui qui nous accompagne et nous fait grandir dans la foi, l’espérance et l’amour.

Alors qui sommes-nous, en tant que camp, et qui suivons-nous ? Et si, finalement, les deux questions se nourrissaient l’une l’autre en pointant dans la direction du Christ ?



Charte de l’Association
du Camp Biblique Œcuménique de Vaumarcus 


Le Camp Biblique de Vaumarcus a été créé en 1943 sous l’égide des Unions Chrétiennes. Il est devenu œcuménique en 1971 sous la responsabilité de la Fédération de la jeunesse catholique et protestante de Suisse Romande. L’Association du Camp Biblique œcuménique de Vaumarcus s’est constituée en 2000.

L’Association définit sa vision, sa mission et ses principales valeurs par la présente Charte.

L’Association propose :

Une expérience communautaire
Les participant-e-s au camp forment une communauté qui se renouvelle chaque année. Les activités proposées, la rencontre intergénérationnelle, et le vécu fraternel favorisent un enrichissement mutuel dans un esprit de créativité.

Une expérience biblique 
Le camp invite à l’exploration d’un texte biblique. Des ateliers créatifs et des échanges entre les participant-e-s permettent de chercher dans la Parole de Dieu une parole qui fait sens aujourd’hui, qui met en route et encourage à l’engagement.

Une expérience œcuménique
L’Association travaille à l’unité entre chrétien-ne-s de diverses confessions.
Les participant-e-s célèbrent, prient, dialoguent et cheminent ensemble, dans le respect de chacun-e.








dimanche 4 mai 2014

Courir les 20 km et la grâce de Dieu

Karl Barth, grand théologien du XXe siècle, disait qu’un bon prédicateur prêche, rassurez-vous non pas 45 minutes comme Calvin, mais avec la Bible dans une main et le journal dans l’autre. Je vous ai donc apporté la feuille, comme on dit chez nous, le 24 heures de lundi passé. A la UNE, vous ne l’aurez pas manqué, les 20km de Lausanne et cette année encore un record de participation avec près de 20'000 coureurs. Waouh. Imaginez un instant que toutes ces personnes viennent au culte. Bon, faudrait louer la Pontaise. Et on en est loin, évidemment. Mais je commence ce matin avec pour vous cette première image de 20'000 coureurs rassemblés. Ne serait-ce pas un signe ? car comme le dit ma sage grand-mère : Si tu vois un point blanc sur le lac, c’est un signe !

La course de nos vies


Plus sérieusement, je me suis laissé interpelé par la taille de cet événement, ayant moi-même couru péniblement les 10 km. Trois points me sont venus  à l’esprit:
- si nous prenons du recul, le succès de participation des 20 km de Lausanne n’est-il pas un symbole de notre société qui nous impose un rythme effréné, qui nous pousse à courir tout le temps ? Dans la vie active, nous courons en effet d’une activité à l’autre, d’un hobby à l’autre, d’un rendez-vous à l’autre ; au fond la denrée la plus précieuse de notre temps, c’est justement… le temps ! Dans notre société, la plupart des gens – et je m’inclus dedans ! – n’ont plus le temps, avec leur agenda overbooké ! Boire un café ? Pas le temps ! Taper un brin de causette dans l’escalier avec la voisine ? Pas le temps ! Jouer avec le petit nain dans le jardin ? Pas le temps ! Ainsi, dans notre société où nous nous sommes très souvent aussi pressés que des citrons, nous courrons.
- Nous courrons au propre comme au figuré, car la société place elle aussi, comme le sport ou les jeux olympiques, la barre toujours plus haut : toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus… de rendement ! La nouvelle religion du XXIe siècle, au fond, c’est le culte, oui, mais le culte de la performance !
- Finalement, je me rends compte, pour moi en tout cas, mais pour d’autres aussi je suppose, que la course à pied est paradoxalement une sorte de remède à la course effrénée que nous impose notre société. Pourquoi est-ce que je cours ? ne serait-ce pas, au fond, pour me vider la tête de mes soucis, pour m’aérer l’esprit de la pression sociale, autrement dit courir pour me libérer de la courses folle de notre société ?

Courir, oui, mais vers quel but ?

L’apôtre Paul, lui aussi, utilise cette image pour parler de la vie chrétienne. Ne savez-vous pas que les coureurs, dans le stade, courent tous, mais qu’un seul gagne le prix ? Courez donc de manière à le remporter. Notre société, comme le sport, est une grande compétition, basée sur la performance. Nous passons donc notre vie à essayer de remporter la course, mais qu’est-ce que cela signifie « remporter la course » ? On ne sait pas très bien, pour l’instant, mais ce que l’on sait, c’est l’importance du but. C'est pourquoi je cours les yeux fixés sur le but, dit Paul. L’apôtre nous rappelle ici le besoin essentiel d’avoir un but dans la vie, sinon on s’essouffle, sinon on perd courage, comme le démontrent les burn-out autour de nous. Et vous, quel est le but de votre course ? quel est le but de votre existence ? (silence)

Ce n’est pas une petite question, n’est-ce pas ? ;-) Paul nous invite donc à réfléchir au but de notre course, certes, mais aussi que celui-ci ne soit pas dans l’éphémère. Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse ; eux, c’est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable. Paul nous rappelle que la victoire que prône la société est une couronne périssable, qui se fane vite ; nous le savons bien, le succès et la gloire sont éphémères, comme le montrent bien les télé-réalités et autres émissions TV pour australopithèques en tout genre. Et donc la vraie question, c’est que faire pour obtenir cette « couronne impérissable » qui ne se fanera jamais ? autrement dit, que puis-je faire pour laisser ma trace sur cette terre ? (court silence) Qu’est-ce qui ne périt pas ? qu’est-ce qui reste ? (silence). Pour moi, ce qui reste, ce qui ne périt pas, cela tient en un seul mot : l’amour.

La grâce qui nous sauve

Dans le second passage que nous avons entendons, l’apôtre Paul, dans sa lettre aux Ephésiens, utilise un autre mot, moins actuel, qui pourrait même apparaître comme un ovni aux petits oiseaux du XXIe siècle : Paul parle de « grâce ». Pas la grasse matinée, ni grâce à… quoi ?! NON, LA grâce ! La grâce, c’est un don, un cadeau, comme une meringue double crème de gruyère, un cadeau offert par Dieu à chacune et chacun d’entre nous, signe de son amour inconditionnel pour nous. La grâce, c’est ce qui nous sauve. Si vous êtes d’accord avec moi pour dire que la société de performance nous mène tout droit dans le mur, alors nous pouvons entendre le message d’amour de Dieu pour nous qui peut nous sauver.

Comment donc être libéré de la pression de la performance ? Paul répondrait : « par la grâce ! » Et c’est un message complètement révolutionnaire, aussi pour notre époque ! Dans une société d’aujourd’hui où tout se paie, où rien n’est gratuit, où tout dépend de notre performance, où tout dépend de notre course, eh bien la grâce de Dieu, elle, ne dépend pas de nos efforts, mais simplement de notre foi, autrement dit de notre confiance qu’il est là au cœur de nos vies, comme nous l’avons chanté tout à l’heure. Et le baptême que nous vivons en ce jour, c’est justement le signe de cette grâce, de cet amour inconditionnel de Dieu pour nous, de ce don qu’il nous fait ! Le baptême, c‘est le signe de cet amour qui nous précède !

Une vie riche en actions bonnes

[s’avancant] Ainsi cette eau, c’est la grâce, c’est l’amour de Dieu pour chacune et chacun de nous. Chacune et chacun y a droit, dans la course de sa vie. Alors recevez-là maintenant, mais soyez rassurés, je n’ai pas pris mon tuyau d’arrosage, mais un simple rameau ! (aller arroser l’assemblée) Cette eau, elle nous rappelle nous aussi notre baptême, l’engagement de nos parents, parrain et marraine ; cette eau, elle nous rappelle que nous aussi nous avons reçu cette grâce de Dieu comme un cadeau.

Et cette eau, cet amour de Dieu, nous libère de cette pression sociale de performance, de rendement, de croissance, comme l’eau libère le coureur à pied de la chaleur oppressive.
[retour en chaire] La grâce nous libère pour être nous-mêmes et œuvrer pour le bien. Car Paul le dit, Dieu nous a créés, dans notre union avec Jésus-Christ, pour que nous menions une vie riche en actions bonnes. Voilà le but, le but ultime de la course, le but de la vie chrétienne. Recevoir la grâce de Dieu et en retour, aimer, en menant une vie riche en actions bonnes. A chacun selon ses capacités, j’ajouterais. Tout un programme, n’est-ce pas ? Le programme de toute une vie. Le programme de toute une course : 20 km ne suffiraient pas…

Alors oui, dans notre vie où nous courons sans cesse, la grâce de Dieu est cette eau qui nous libère de la pression de la performance ! Nous pouvons dès lors continuer à courir, mais courir, plus légers, portés par les gouttes de cette grâce infinie de Dieu pour chacune et chacun d’entre nous, et nous diriger vers une vie riche en actions bonnes, selon nos capacités.

En conclusion, j’ai envie en ce jour de vous inviter à agir. Aller à l’Eglise, c’est bien, écouter le pasteur, c’est bien aussi, recevoir le baptême, c’est sacrément bien, se souvenir que nous avons reçu la grâce de Dieu, c’est toujours et encore bien, et sans modération, mais en sortant de ce temple, la course va reprendre. Alors cette semaine, je vous invite chacune et chacun, à vivre votre vie, simplement enrichie d’UNE action bonne pour alléger cette course. Pas deux ou trois, UNE bonne action. Cela peut être un geste envers une personne en difficulté, un petit signe de douceur pour quelqu’un qui en a besoin, un geste de pardon vers quelqu’un qui vous a offensé, ou simplement un peu de temps offert à un proche. En bref, je vous invite à réaliser concrètement un geste d’amour pour une personne qui vit des temps difficiles dans la course de sa vie.  Et alors, grâce à la grâce, la rude course de nos vies en sera transformée.

Amen.

(Prédication prononcé le dimanche 4 mai 2014 à Chailly ; 
références bibliques: 1 Co 9, 24-27 & Eph 2, 1-10)