vendredi 20 juin 2014

Le drapeau suisse et la confiance en Dieu (prédication du 22 juin 2014)

Chers paroissiens et amis,

Ce matin, je viens vers vous avez une question simple : sur le chemin de votre vie, vous arrive-t-il d’être angoissé ? Devant les difficultés de la vie, vous arrive-t-il d’être inquiets ? Car la vie est parfois une traversée du désert, comme le peuple d’Israël sortant d’Egypte, à cause de la maladie, du chômage, du deuil, des déchirures… L’angoisse, l’inquiétude, nous touche tous de près ou de loin, peut-être encore plus quand nous avons des enfants…

Sans confiance, nous ne pouvons rien

Cette question, je l’ai vécue ce week-end de manière personnelle et intense. Avec mon collègue Spot, nous étions dans le Jura pour vivre un week-end de catéchisme autour du thème de la confiance. La confiance, c’est le cœur de la foi chrétienne. C’est la foi, en fait, puisque le mot « foi » veut dire « confiance », étymologiquement. Sans confiance, nous ne pouvons rien, nous sommes comme bloqués.

Et à la fin du week-end, ma femme venue me chercher m’annonce que ma mère est entrée d’urgence à l’hôpital, sans que l’on sache véritablement ce qu’elle a. Je me prends la nouvelle en pleine poire, mais comme tout homme qui se respecte, je reste stoïque. Mais n’en souffre pas moins. On ne peut pas vraiment dire que j’étais confiant. Qu’est-ce qu’elle avait ? Qu’allait-il se passer ? Et évidemment la question de la maladie grave m’a traversé l’esprit : et si ses jours étaient comptés ? Non la confiance n’est pas toujours facile à vivre…(silence)

Le symbole du drapeau suisse


Devant cette question de l’angoisse, je viens vers vous ce matin avec… un drapeau suisse ! (sort un drapeau suisse) Vous le savez, nous sommes en période de Coupe du Monde de football et un peu partout fleurissent des drapeaux aux fenêtres des immeubles ou des voitures. Alors si je sors un drapeau suisse, ce n’est pas pour dire que je continue à soutenir la Suisse maglré sa mortifiante défaite contre une belle équipe de France vendredi soir (et qu’une partie de la famille de Benjamin vient de France : Bravo les bleus), non si je sors un drapeau suisse ce matin, c’est pour parler de Dieu.
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Savez-vous d’où vient la croix blanche sur fond rouge ? Plusieurs hypothèses circulent, dont une qui explique que c'est le culte des instruments de la Passion, répandu dans la région, qui conduisit certains cantons de l'inclure sur leur bannière vers le XIIe siècle, le fond de couleur rouge faisant référence au sang du Christ.

La croix qui met en relation

C’est UNE hypothèse, mais il me semble qu’il y a quelque chose de fort dans ce symbole qu’est le drapeau suisse avec en son cœur UNE CROIX ! Une croix qui pourrait figurer la croix de Jésus-Christ. Parce que, si on se souvient du catéchisme, la mission du Christ a été de réconcilier les hommes et les femmes avec Dieu le Père. Le rôle de la croix, c'est de mettre en relation les humains avec leur Dieu (verticalité de la croix), et les uns avec les autres (horizontalité de la croix). La forme de la croix montre bien un point de rencontre.

Et la rencontre entre Dieu et les humains passe par un homme : Jésus Christ. C’est par Jésus, Fils de Dieu, que Dieu lui-même s’est fait proche des humains, se préoccupant de leur sort. C’est par Jésus, Fils de Dieu, que Dieu le Père nourrit la confiance et l’espérance des humains.

Dieu connaît nos besoins

Car nous l’avons entendu tout à l’heure, notre Père connaît nos besoins (verticalité de la croix). Le peuple d’Israël était opprimé, Dieu l’a libéré par Moïse et fait sortir d’Egypte. Dans le désert, le peuple avait faim, et Dieu leur a donné comme nourriture la manne céleste. Il nous a également donné son Fils, Jésus Christ, comme pain de vie, ou littéralement lui qui est « Le pain, le vivant ». Car contrairement au pain que nous mangeons au petit déjeuner, la nourriture spirituelle que nous apporte Jésus n’est pas périssable. Le pain, c’est la nourriture de base, essentielle, simple, commune. Le pain c’est un don de Dieu (Jean illustre cela en disant qu’il vient du ciel), mais c’est aussi une métaphore de la dimension spirituelle que Dieu veut nourrir en nous.

Le passage que nous avons entendu de l’Evangile de Jean nous parle de Jésus comme pain de vie, mais aussi de la Sainte Cène, de l’Eucharistie. Ce matin nous n’allons pas prendre la Cène, mais nous pouvons nous rappeler que le pain et le vin, symboliquement, assurent la vie ! « Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » La chair, c’est symboliquement tout ce qui fait la réalité de l’humain, avec ses possibilités et ses faiblesses. Ainsi Jésus nous promet la vie éternelle qui nous nous nourrissons de sa vie.

Les 3 points du drapeau suisse

Alors en définitive, comment dépasser nos angoisses, et faire confiance ? N’oublions pas, chers amis, le drapeau suisse et les 3 points le concernant :
a)  le rouge, d’abord, nous rappelle la passion du Christ, ses souffrances, et les nôtres avec lesquelles Dieu compatit, puisque son Fils lui même a souffert avant de mourir crucifié… C’est donc sur un fond de souffrance que Dieu vient nous annoncer sa bonne nouvelle…
b) La verticalité de la croix, ensuite, nous rappelle que Dieu se préoccupe de nous, il s’est fait proche en nous envoyant son Fils et se soucie de nous, chaque jour de notre vie. C’est un ami qui peut nourrir notre vie, par la prière notamment. Par la Sainte Cène, aussi, qui nous nourrit, par Jésus le pain le vivant qui nous donne la vie éternelle. Mais aussi par la lecture de la Bible, Sa parole : Vous ne vivrez pas de pain seulement / Mais bien de toute Parole / Qui sortira de la bouche du Seigneur !, avons-nous chanté tout à l’heure. Oui le pain ne suffit pas pour nous nourrir. Nous avons également besoin de paroles qui nourrissent notre confiance. Jésus nous le dit : « ne vous inquiétez pas pour votre vie », car « votre père connaît vos besoins ». « Ne vous inquiétez pas pour votre vie », car « votre père connaît vos besoins ». Nourrissons-nous de cette parole qui nous invite à la confiance…
c)   L’horizontalité de la croix, enfin, nous rappelle que nous avons besoin les uns des autres. Que le Royaume de Dieu dont parle Jésus dans l’Evangile de Luc est d’abord amour les uns pour les autres, aide, soutien, prière pour les autres. Cette semaine, angoissé par la situation de fragilité de ma mère, j’ai demandé le soutien de mes amis. « Besoin de vos prières », ai-je simplement posté sur Facebook. 24 heures plus tard, les messages de soutien de jeunes et de moins jeunes avaient afflué et je me sentais mieux. La santé de ma mère s’était stabilisée et depuis, elle a pu sortir de l’hôpital. Oui n’oubliez pas l'horizontalité de la croix, l’importance de la communauté, de nos proches, de nos amis qui nourrissent aussi notre confiance, notre foi.


Alors face aux souffrances de la vie dans ce rouge du drapeau suisse, face aux angoisses qui me taraudent, qu’est-ce qui me nourrit ? La verticalité nous parle de Dieu, Jésus, son pain, sa parole, l’horizontalité des autres humains, de l’amour, de la solidarité. Ainsi, sur notre chemin de vie qui ressemble parfois à une traversée du désert, si nous cherchons le Royaume de Dieu par ces deux axes,  alors la foi, la confiance, tout cela nous sera donné par surcroit.

Amen.

Prédication dite le 22 juin 2014 à Belmont

Le football, un sport évangélique

En ces temps de Coupe du monde, il est de bon ton de se fendre de son petit article sur le football (grandeur et décadence), le Brésil et ses questions sociales (grandeur et décadence), la FIFA (décadence et décadence), quitte à ce que l'article soit un peu un conglomérat d'éléments aussi divers que variés qui n'ont guère de cohérence (voir à ce sujet l'article de Protestinfo intitulé "Ballon rond et questions de fonds"). Faut-il publier pour publier ? Quelle pertinence ont ces articles ?

Je me pose la question, non seulement en tant que fan de foot, mais en tant que pasteur. C'est comme si, parce c'est la Coupe du Monde, il fallait absolument tout ramener au football. La vie n'est-elle pas bien plus que cela ? Dieu n'est-il pas bien plus que cela ?

Il y a foot et... foot!

Et pourtant, le fan de foot qui sommeille en moi ne peut s'empêcher de monter au créneau (et du coup moi aussi de céder à la tentation de l'article sur le foot ;-): il y a foot et... foot! D'une part le football des grands stades, des grandes compétitions, des grands salaires, du gigantisme planétaire, etc., et d'autre part celui des talus, des champs de patate, de la 5e ligue pourrave opposant bracaillons au bras cassés du village d'à côté.

Car si le foot mondial est bel et bien devenu une "religion moderne" (voir à ce titre l'édito du journal Réforme par le pasteur Antoine Nouis), avec ses dieux, ses cathédrales, ses rassemblements, ses temps de communion suivant ses liturgies; si le foot mondial semble bel et bien devenu un certain opium du peuple Marxien, avec sa dose de rêve, d'idéalisation, d'émotions et de passion suscitées, devenant le divertissement par excellence (les jeux du cirques modernes); si le foot mondial est bel et bien devenu, aliéné par le péché humain, un monde pourri avec sa corruption, le règne de l'argent et celui du fort/puissant sur le faible; oui si le foot mondial est devenu tout cela, et il faut oser le dire, le football n'en reste pas moins un sport... évangélique!

Un sport de gentlemen

D'autres l'ont dit mieux que moi (voir la reprise sur mon blog d'une homélie en Belgique: Jésus a inventé le football), le football est un sport noble: "un sport de gentlemen... certes pratiqué par des voyous" (par opposition au rugby qui est "un sport de voyous pratiqué par des gentlemen"), mais un sport de gentlemen tout de même.

L'esprit d'équipe, valeur évangélique d'amour et de partage.
Comment ne pas voir dans la métaphore ecclésiale de 1 Co 12,27 (Or, vous êtes le corps du Christ, et chacun de vous est une partie de ce corps.) une métaphore de l'équipe de football ? Chacun avec différentes qualités, chacun avec différents charismes, nous sommes appelés à oeuvrer pour le bien commun, celui de l'équipe. Solidarité, entraide, amour du prochain (règle d'or), confiance (foi), espérance, tout y est. On pourrait également parler de communauté, tant les liens de l'équipe sont fort.

Le fair-play, la 3e voie évangélique

Dans son sermon sur la montagne, Jésus demande avec cette phrase si connue de tendre l'autre joue (Mt 5,39). En fait, il cherche une troisième voie entre celle de la passivité et celle de la violence. Ne pourrait-on ainsi pas voir le fair-play comme 3e voie entre la passivité (se la coincer) et la violence (répondre par la violence physique, verbale ou plus sournoise, violence morale comme la simulation ou la tromperie) ? Le fair-play comme instance de régulation "interne" en vue de la justice (l'arbitre en étant l'instance "externe").

Le fair-play, non comme façade, mais comme chemin de vérité et de vie, notamment dans ce geste où ce joueur relève son adversaire, où ce joueur soulage son adversaire de ses crampes en lui étirant la jambe, ou encore avec cette équipe fait exprès de se laisser encaisser un but pour compenser un but marqué par hasard alors qu'ils devaient simplement rendre le ballons à l'adversaire. Le fair-play avec ces bières partagées à l'issue d'un match. C'est ça le foot.

Une formidable pièce de théâtre du genre humain

Je suis le chemin, la vérité et la vie, nous dit... non pas Sepp Blatter ni même le football mondial, mais le Christ! Ce dernier nous invite à changer de comportement et oeuvrer pour son Royaume en mettant en avant les valeurs évangéliques. Quant au football, gangréné par le péché humain, il peut parfois avoir perdu de son sens profond, évangélique. Mais il demeure une formidable pièce de théâtre du genre humain. A vivre avec passion, émotions, mais aussi... distance critique, tout en réalisant que le football ne propose pas de sens profond (signification, mais aussi direction) pour notre existence. Contairement au Christ qui, lui, nous sauve. :-)