jeudi 28 août 2014

S’ouvrir à l’inattendu de Dieu

Dans le cade du 850e anniversaire de Belmont, chaque jeudi des mois de juillet et août, avec mon collègue nous offrions une présence au temple de 8h30 à 18h30 avec trois offices de prière dans la journée. L’idée, pour ce temple fermé la journée, était d’en ouvrir ses portes (en vue d’une ouverture toute l’année par un verrou automatique) et de proposer une présence pastorale à ceux qui le voudraient ou le pourraient. Bilan d’une riche expérience.

Est-ce vraiment rentable ?

« Pour vos ouverture du temple le jeudi, vous pensez vraiment avoir du monde ? », avait demandé une paroissienne, suite à l’annonce de ce projet. Sans surprise, notre société réagit tout de suite en terme de rentabilité. « Est-ce vraiment rentable, en tant que pasteur, d’être mobilisé toute une journée au temple ? », aurait-elle pu continuer. Du monde ? rentable ? ça veut dire quoi exactement ?

Prendre le temps de prendre le temps

Bien sûr, prendre toute une journée ainsi demande de l’organisation de l’agenda du pasteur. Et bien sûr parfois, on se dit qu’on aurait mieux à faire. Ou plus urgent. Mais en tant que pasteur, prenons-nous le temps de prendre le temps ? de nous ouvrir à l’inconnu, à la rencontre spontanée avec des passants, des voisins, etc. ? L’ouverture du temple avait vraiment pour but de s’ouvrir pour nous aussi à ce qui pouvait se passer. Et au final, nous avons eu la chance de vivre des rencontres parfois attendues, parfois surprenantes, parfois brèves, parfois bien plus longues, parfois des prières communes. Et c’était un très bonne chose.

Et parfois des temps d’arrêt aussi, sans visites, mais pas un temps « mort » pour autant. Le temps de prendre le temps. De lire des ouvrages de théologie (ma frustration dans le ministère : ne pas avoir assez de temps pour en lire), pour travailler, pour écrire, pour méditer.

L’inattendu de Dieu

Au fond, ce temps qui est la denrée la plus précieuse de notre ère, ne devrait-on pas davantage en prendre, en mettre de côté, pour « l’inattendu de Dieu » ? en tant que pasteur, ne devrait-on pas plus faire l’effort pour se ménager des temps de rencontres spontanées ? Car c’est bien Dieu qui est présent dans nos échanges, nos partages, nos prières, etc. Sa présence nous remplit de force.

L’inattendu de Dieu, cela a aussi été le décès dramatique de la jeune Chloé de Belmont cet été. Dans l’urgence, une permanence a été organisée par mon collègue pour les personnes qui voulaient venir se recueillir ou écrire un mot dans le livre d’or confectionné pour l’occasion (voir article du 24H). Un temps communautaire, villageois, bienvenu.

Combien ? 

Alors combien de personnes sont venues sur l’été ? Une statistique approximative globale  dirait environ 150 personnes (en comptant celles du jeudi spécial Chloé). Autant de personnes pour qui nous avons prié. Autant de fois que l’Esprit a soufflé sur notre rencontre. Mais surtout, plus que l’aspect quantitatif, c’est la qualité des rencontres qui compte. Des liens ont été tissé, l’Eglise a montré une certaine visibilité, et nous avons pu prendre le temps. Quelle joie !

Et vous ? A l’heure de nos rentrées et de retour du stress, prendrez-vous le temps de prendre le temps ? Prendrez-vous le temps de vous ouvrir à l’inattendu de Dieu ?

mercredi 6 août 2014

"Son of God": un bon film... à l'américaine!

Peut-être n‘avez-vous pas entendu du dernier film sur Jésus « Son of God ». C’est normal, vu que,
bien que le film soit sorti en mars 2014 sur les écran nord-américains (USA et Canada), il n’est pas encore sorti en Suisse (et je n’ai même pas pu trouver la date de sa sortie au cinéma de par chez nous!). Bon. Mais il faut quand même savoir que ce film a fait un carton en Amérique du nord, plus de 60 millions de $ de recettes d’après ce que j’ai pu lire sur la toile. Sans être un critique de cinéma, je m’essaie donc à la critique de ce film que j'ai pu visionner malgré tout (merci RM !).

Made in USA

Dit à la hache, "Son of God" est un bon film... à l’américaine ! Un film avec de belles images, de beaux costumes, de bons acteurs, de belles musiques (sortez les violons et les mouchoirs), mais aussi, comme souvent quand un film est destiné au grand public américain, un film un poil caricatural, un poil simpliste, un poil réducteur. Le puriste théologien que je suis y verra certains manques, certaines simplifications, certaines inexactitudes, mais en fin de compte, ce film, interprétation tirée des récits bibliques, fait sens en soi et est ainsi tout à fait visionnable. La fin est particulièrement prenante avec une Passion où le réalisateur réussit bien à nous faire vibrer.

Juxtaposition de scènes bibliques

En fait la première heure est surtout une juxtaposition de scènes bibliques, souvent miraculeuses, qui nous touchent parfois, mais qui ne sont pas toujours bien réalisée (la scène où Jésus marche sur l’eau en particulier  me semble à la limite du ridicule): Pierre qui pêche (où sont les autres disciples?), la multiplication des pains et des poissons, la résurrection de Lazare, mais comme le dit une critique que j’ai lue sur le net (ici), le spectateur n’a pas le temps d’intégrer, d’approfondir, ou simplement de réaliser ce qui vient de se passer, que déjà on passe à la scène suivante, au miracle suivant. Dommage. Cela vient probablement du fait que le film est composé principalement de séquences tirées de la mini-série TV "The Bible" (2013) dont les réalisateurs en ont extrait une grosse partie des séquences qui traitent de Jésus, les ont rééditées avec quelques scènes supplémentaires pour en faire "Son of God". 

Davantage du KT que du ciné ?

Et du coup, à cause de cette juxtaposition de scènes, le personnage de Jésus, pourtant globalement
bien joué par le Portugais Diogo Morgado (à part peut-être la scène des marchands du Temple où sa colère semble peu réelle), en perd en profondeur. Ok, il est beau, et plaira aux jeunes – et moins jeunes – américaines, mais rien n’est creusé sur la psychologie des personnages, et en particulier celle de Jésus qui en reste du coup très plat, très conventionnel. Pour ceux qui auraient aimé voir toute l'humanité du Christ en images, il faudra repasser. Dommage. On reste vraiment à un niveau catéchétique, presque dogmatique, plus que cinématographique. Il est d'ailleurs fort possible que ce film ait été financé par des milieux évangéliques et ait été pensé comme un film d'évangélisation. Simple supposition personnelle, bien sûr.


Un film à voir

Quoi qu'il en soit, ce qui nous intéresse, c’est le produit fini. Et à la fin des ces 2h18, je dois bien avouer que je suis content d’avoir vu ce film. Avec plusieurs scènes touchantes, comme celle du dernier repas ou du chemin de croix (même si avoir une Marie, mère de Jésus botoxée, ne me convainc guère), ainsi que la fin (je ne spoile rien en disant que 3 jours après sa mort...) avec notamment la suite après l'Ascension, je n’ai pas vu le temps passer et ai eu l'impression d'avoir vécu un bon condensé de la vie du Christ. Un bon film donc, à voir, ou à montrer à des personnes qui ne connaîtraient pas l'Evangile. Un film à voir quoi qu'il en soit... avec du bon popcorn ou des frites/ketchup !

video

dimanche 3 août 2014

Face au mal radical, garder l'espérance (prédication du 3 août 2014)

Lectures bibliques
- Apocalypse 13,1-9
- Romains 8,35 et 37-39
- Jean 8,12 

Chers frères et sœurs en Christ,

Je ne sais pas vous, mais parfois j’en ai juste marre. Marre de toute cette violence entre les religions, notamment en Irak. Marre de cette haine qui déchire les peuples au Proche-Orient et qui les mène dans une voie sans issue. Marre du mal sourd et violent qui a frappé la jeune Chloé, 14 ans, ici dans notre région, à Belmont, un peu comme cela avait été le cas en 2013 avec la jeune Marie. Nous ne sommes pas ici pour parler des circonstances du décès de Chloé, ni des motivations de son meurtrier. Mais permettez-moi, chers frères et sœurs, en ce début de
prédication, de laisser éclater ma colère : oui j’en ai marre de tout ce mal qui pollue notre monde, marre de cette horreur qui nous touche tous, de près ou de loin, par ces drames, par la maladie ou la mort.  Devant tant d’horreur, tant d’impuissance, je ne peux m’empêcher de crier : « MAIS C’EST PAS POSSIBLE !!! » (un temps) « POURQUOI ??? » (silence)

Oui pourquoi le mal est-il présent ? C’est une question que nous pouvons tous légitimement nous poser aux côtés de de la famille de Chloé suite à ces deux drames. Pourquoi ?

Pourtant, cette vertigineuse question reste encore et toujours sans réponse. Le mal, qu’on le veuille ou non, est présent dans notre société. Comment, face au mal ici bas, ne pas désespérer, ou pire, perdre toute confiance, toute foi ?

L'Apocalpyse, un livre d'espérance

La Bible aussi est le reflet de ces réflexions sur le mal. Pourquoi existe-t-il ? (bref silence) Là encore, cette question reste sans réponse. Le dragon, l’antique serpent de la Genèse, lui qui représente Satan, le Diable, en bref le mal, eh bien ce dragon, dans le chapitre 13 du livre de l’Apocalypse, il est simplement là, nous ne savons pas pourquoi, mais il est là. 

Pourtant, l’Apocalypse n’a pas été écrit dans une perspective désespérée. Au contraire, ce genre littéraire est bien celui de l’espérance. Face au mal qui est bien présent dans le monde, les chrétiens qui ont rédigé ce livre placent leur espoir dans le monde à venir, le monde nouveau où le mal sera détruit. En fait, face au mal, la littérature apocalyptique est une littérature de résistance, un cri d’espérance d’un groupe de chrétiens qui refusent de plier et en appellent à la justice divine.

C’est pour cela que j’ai choisi ce texte du chapitre 13 de l’Apocalypse, passage ardu s’il en est, qui m’avait été imposé pour mon culte d’examen de consécration : pour la présence du mal, d’une part, avec le dragon qui transmet sa puissance à la Bête, mais aussi pour l’espérance.

La Bête, système bestial 

Mais cette Bête, que représente-t-elle ? Si l’on fait un détour d’abord par le livre de Daniel, puis par l’histoire des chrétiens du premier siècle nous découvrons que cette Bête est non seulement l’émanation du mal, avec son pouvoir transmis par le dragon, Satan lui-même, mais c’est également un système global, politique, économique, social. Un système déshumanisant, mortifère, qui ne respecte pas la créature de Dieu que chacune et chacun est, en un mot un système bestial. Ceci dit, et c’est là que se situe l’espérance, le pouvoir de cette bête s’exerce dans un temps limité, et celle-ci sera finalement défaite par le Christ en Ap 20 : jetée dans l’étang de feu avec le dragon et le faux-prophète.

Aujourd’hui, la Bête, ce système déshumanisant qui pousse au culte idolâtre, est présente notamment pourrait-on dire dans l’individualisme qui crée une société déshumanisée, pauvre en relations et en solidarité, et qui voue un culte au seul bonheur individuel et égoïste, qu’importent les autres, quitte à faire violence ou à se faire violence.

Car devant ce drame à Belmont me vient cette question : dans quelle société vit-on pour qu’un homme tue ainsi la fille de son ex puis se donne la mort ? (un temps) Oui notre société actuelle est bien « bestiale », en perte de repère, et le mal est pollution autour de nous et en nous. Il est un mal radical qui crée des ténèbres autour de nous et en nous.

Face à ces puissances, le message de l’Apocalypse est clair : « Que celui qui a des oreilles entende ! », nous exhorte Jean depuis Patmos, à la fin de notre passage. Car c’est bien une exhortation à résister au mal dont il s’agit ici ! Mais pour résister, nous avons besoin de lumière. Recevons donc la lumière qui nous vient du Christ en chantant « Dans nos obscurités ».

Chant "Dans nos obscurités" et allumage des cierges

Le Christ nous dit: « Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie ».

Ainsi, grâce à cette lumière que nous recevons du Christ, nous sommes invités à résister, face aux puissances inexplicables du mal, face aux bestialités à l’œuvre dans notre monde, comme lors du tragique drame de Chloé à Belmont, résister en transmettant cette lumière. Car la lumière, c’est le symbole de sa résurrection, lui qui, à la croix, a vaincu la mort, le symbole de l’espérance…

Cette espérance, j’en ai trouvé plein dans le livre du pasteur Antoine Schluchter, père de Marie qui a été également enlevée et assassinée en 2013 : Je te salue Marie, ma fille : 19 ans, un jour et l’éternité. Oui ce livre est une véritable mine d’espérance. J’ai été touché, ému, bouleversé, dans les circonstances de ce drame, par cette espérance qui n’a jamais quitté la famille Schluchter et par leur volonté de ne pas se laisser contaminer par le mal. « Avec mon épouse et mon autre fille, écrit-il, nous avons d’emblée choisi de refuser de nous laisser salir le cœur par la haine. Nous avons tout remis à Dieu et tenté de nous concentrer des valeurs constructives. » Oui l’espérance qui se dégage de ce livre est belle. Combien de gestes d’amour, de soutien, de prière, de générosité reçus comme autant de signe de lumière dans les ténèbres.

L'espérance chrétienne où le mal est défait

Car au fond, comme l’a dit prophétiquement le pasteur Schluchter, « le mal est fait… mais le mal (sous toutes ses formes) est aussi défait ! » (un temps) Aux obsèques de Marie, le diacre Pierre Maffli continue en disant ceci : « La défaite du mal et de son cortège d’horreur est au cœur de la foi et de l’espérance chrétienne. Lorsque le Christ a été pendu à une croix et qu’il a ensuite été ramené de la mort à la vie, nous croyons que le mal et ses conséquences abominables ont reçu le coup de grâce ! La souffrance, la violence et la mort ne pourront pas avoir le dernier mot ! »

Nous sommes ici au cœur de notre de notre espérance  chrétienne : par la résurrection de Jésus, la mort a été vaincue, c’est notre espérance qui nous permet d’aller de l’avant et continuer à transmettre à d’autres de la lumière pour résister au mal.

Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu

« La lumière pour moi, pour nous famille, elle existe, elle est depuis toujours, elle continue à nous éclairer et elle finira par briller pleinement », conclut Antoine Schluchter. Cette lumière, c’est notre responsabilité de la transmettre à nos proches, à nos voisins, aux personnes touchées par ce mal. 
Car face au mal, nous avons besoin de lumière, besoin d’espérance. Le père de Marie dit encore ceci : « En tout simplicité, je reste avec les miens accroché à la corde de l’espérance. Et je ne puis le cacher, j’ai plus que jamais à cœur que chacun ici-bas découvre qu’il est aimé de Dieu par le Christ au-delà de toute mesure et que face aux pires épreuve comme dans le quotidien le plus banal, il puisse être réconforté par ces paroles à nulles autres pareilles : ‘Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur’ »

Alors face à ce mal radical qui peut parfois nous mettre en colère ou nous laisser dans le plus grand désarroi, n’oublions pas la radicalité de l’Evangile et de l’amour de Dieu pour chacune et chacun, amour appelé à devenir lumière pour le monde. Le voici dans les mots de l’apôtre Paul : « Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Autorités, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur. »
Amen