mercredi 13 mai 2015

Les disciples et le doudou

Prédication du 14 mai 2015 (Ascension)

Textes bibliques

Lecture de Actes 1, 6-11
Lecture de Marc 16, 15-20
Lecture de Luc 15, 8-10

Texte de la prédication

Chers frères et sœurs en Christ,

L’autre jour, nous avons passé, ma femme et moi, par un temps de crise. Oh rassurez-vous, tout va bien dans notre couple, mais Elie, notre fils de 15 mois, pris par la fatigue, a soudain eu un besoin viscéral, fondamental, de son doudou, sa petite peluche éléphant qu’il aime tant et qu’il serre très fort contre lui, notamment pour s’endormir. Son doudou, ça le rassure, ça le réconforte, ça l’aide à traverser les émotions de la journée et à trouver le sommeil. Dans les termes médicaux, un doudou, on appelle cela un « objet transitionnel »: « Appelé "doudou" dans le langage courant, l'objet transitionnel peut être une peluche, un chiffon, une tétine ou le pouce. Dans tous les cas, l'objet transitionnel revêt toujours la même fonction : celle d'aider le nourrisson à réaliser la transition entre sa mère et le monde extérieur. » Le problème, dans la situation de l’autre jour que je vous contais, c’est que ledit doudou d’Elie était… introuvable. Et je vous laisse imaginer le drame. Avions-nous perdu notre planche de salut ?

La perte, c’est un thème qui nous touche tous, petits et grands, jeunes et vieux, avec des parfois petites, parfois grosses pertes qui jalonnent notre chemin de vie. « J’ai perdu mes clés », comme moi dimanche passé juste avant le culte Clin Dieu, coup de chaud. « J’ai perdu ma ‘mémé’ » comme cette famille d’amis que j’ai accompagnée en faisant mardi le service funèbre de la grand-maman, coup de froid. J’ai perdu… la foi, j’ai perdu la force, j’ai perdu la joie de vivre, comme tant de personnes autour de nous.

L'Ascension, une perte... déconcertante pour les disciples

Pour les disciples, on imagine bien le drame que la perte de Jésus a dû être. Eux aussi, si l’on veut, ils avaient perdu leur doudou version adulte… et bien plus ! D’abord quand Jésus est mort sur la croix. Les disciples ne pouvaient être qu’abattus. Puis la nouvelle se répand : « il est vivant, il vraiment ressuscité, alléluia ! » Et pourtant, 40 jours plus tard, à l’Ascension, il s’en va, définitivement. Pour les disciples, c’est encore une perte, même s’ils sont probablement moins triste et abattus qu’à la croix, mais davantage déconcertés : perte de ce repère qu’il était dans leur vie, perte de leur lien avec Dieu. «Comment va-t-on faire sans lui ? », on imagine assez bien la scène et ce que les disciples ont pu dire… Ils regardent le ciel, sans trop comprendre…  « Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? », disent deux hommes en vêtements blancs. « Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » (Ac 1,11) Face à leur perte, les disciples restent, vous l’avez remarqué, sans voix. Que faire désormais ? La question se pose avec une certaine acuité…

Oui quand on vit une perte, que faire ? Face à mes pertes, est-ce que je me laisse abattre ? est-ce que je pleure un bon coup, comme Elie, est-ce que je crie ma révolte ? est-ce je reste sans voix ? comment est-ce que je réagis ? comment est-ce que j’arrive, ou pas, à aller de l’avant et continuer mon chemin ?

Parabole de la pièce perdue

La perte, c’est évidemment un thème qui traverse donc nos existences, mais aussi la Bible avec
notamment ces 3 paraboles de l’Evangile de Luc au chapitre 15 avec deux paraboles parmi les plus célèbres : celles de la brebis perdue et celle du fils prodigue ou du fils retrouvé. Plusieurs fois dans les Evangiles, nous trouvons des doublets (deux paraboles sur le même thème), mais ici nous avons, et c’est je crois unique dans les Evangiles, un « triplet ».  Est-ce que cela veut dire que le thème est particulièrement important ?

Entre les 2 paraboles très connues, on trouve la petite parabole de la pièce perdue. Parabole mineure peut-être, courte, mais là, avec sa spécificité. Quelle est-elle ?

D’abord, à la différence de la brebis et du fils, la pièce d’argent ne s’est pas perdue par elle-même. Elle a été perdue, on ne sait pas comment ni par qui. La perte a lieu, sans qu’il n’y ait de coupable à accuser. C’est ainsi la parabole la moins moralisante des trois : elle évite d’avoir un regard trop sévère à son propre égard ou à l’égard des autres.  En fait, il faut bien avouer que nous ne savons pas toujours comment cela se fait qu’on perd, qu’on se perd, ou qu’on est perdu.

Ensuite, deuxième différence majeure, il s’agit d’une femme. A l’inverse du monde masculin du berger, cette parabole touche le monde féminin de la maison. Dieu se présente sous des traits féminins, à l’inverse du berger ou du père. D’ailleurs, la pièce n’est pas perdue à l’extérieur (comme la brebis et le fils) mais à l’intérieur de la maison. La maison représente ce qui a trait à la sécurité, à l’intimité, c’était domaine des femmes pendant longtemps. Nos pertes peuvent aussi toucher notre intérieur : et si c’était parfois à l’intérieur de nous que nous sommes perdus ?

Face à la perte, que faire ?

Face à la perte, qui est dans ce milieu modeste de la parabole, catastrophique, avec la pièce d’argent qui représente un salaire journalier, face à la perte donc, que faire ? Face à la perte du Christ pour les disciples, que faire ? face à nos pertes, que faire ?

Assez simplement, la femme de la parabole agit. Elle allume une lampe pour y voir clair. Elle balaie 
la maison pour y faire de l’ordre. Elle cherche avec soin jusqu’à ce qu’elle ait retrouvée la pièce. Sans se laisser abattre, elle prend les choses en main et fait tout ce qu’elle peut pour vivre des retrouvailles. Certes parfois, une perte est définitive, il ne peut y avoir, sur terre en tout cas, de retrouvailles. Mais la réaction de la femme est importante : elle nous montre que la perte ne doit pas nous abattre mais doit nous mettre en chemin. Au fond, cette petite parabole met en exergue une vraie démarche et un cheminement intérieur : apporter de la lumière,  pour y voir clair ; balayer pour faire de l’ordre, dans notre maison intérieure, cela commence par là. Et se mettre en marche pour vivre à nouveau la joie.

Pour les disciples aussi, leur perte déconcertante de leur maître les met inexorablement en mouvement, en marche. Pour eux, cela signifie aller dans la confiance. « Allez par le monde entier, proclamez l’Evangile à toutes les créatures. » (Mc 16,15) leur dit Jésus dans l’Evangile de Marc. Va avec confiance et sois témoin de la bonne nouvelle. Met de la lumière dans la vie des hommes et des femmes. Balaie, mets de l’ordre dans ta vie spirituelle et marche à ma suite. De disciples, qui m’a suivi, deviens apôtre, mon envoyé.  Avec la puissance de l’Esprit Saint, « vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Nous mettre en chemin

Pour nous, dans la position de ceux qui vivons la perte, cette parabole est aussi une exhortation à nous mettre en chemin, à faire de l’ordre dans notre maison intérieure et à aller avec confiance sur les chemins de vie témoigner de l’amour que nous avons reçu. Aller… vers l’autre, esseulé, retrouver celui qui est perdu, aller… à Taizé pour se retrouver, pour faire de l’ordre dans sa maison intérieure, pour aimer, pour vivre la joie, celle qui nous vient de Dieu. La même joie que Dieu ressent quand un homme pêcheur admet que Dieu le cherche et se laisse trouver, cette même joie est à vivre par le Christ retrouvé dans l’amour du prochain, dans la rencontre, dans le partage, comme on peut le vivre à Taizé.

Ainsi, face à nos pertes, comme les disciples ont vécu l’Ascension du Christ comme une perte, la parabole de la pièce perdue nous invite à nous mettre en mouvement : faire de l’ordre dans notre maison intérieure et nous engager à mettre l’Evangile au centre de nos vie pour vivre la joie des retrouvailles avec le Christ dans l’amour du prochain. Un cheminement à vivre, donc, dans la confiance que Dieu viendra toujours nous rechercher et nous offrir sa consolation et sa joie. Car le vrai doudou, c’est lui, le Dieu trois fois saint. Que sur notre chemin de vie jalonné de pertes, il nous bénisse et nous garde.


Amen

mercredi 6 mai 2015

Faim de Dieu


Dimanche dernier, à la fin d'un week-end bien chargé professionnellement, j'ai eu la joie de pouvoir me rendre au culte du soir de ma paroisse, le culte en lumière, en simple paroissien, et de goûter ce moment en étant participant au culte. Le thème? Faim de quoi ? Méditation autour de Jésus qui dit "Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim et celui qui croit en moi n'aura jamais soif." (Jn 6,35)

A nous chers amis qui avons jeûné une semaine lors du dernier carême, cette phrase retentit avec une force particulière. La vrai nourriture, le vrai pain, celui qui nous rassasie vraiment, c'est Lui. Celui qui peut nous combler, c'est Lui et Lui seul.

Quelle est ma faim de Christ ?

Et pourtant, fort de cette conviction, je me suis pris en pleine figure cette question: quelle est aujourd'hui ma faim de Christ ? N'ai-je pas tendance à me laisser vivre, me laisser porter par les semaines qui s'enchaînent, sans le mettre au centre comme ce fut le cas pendant le jeûne ? Au fond, ai-je vraiment faim de Lui, soif de sa Parole ? (un temps)

Dans sa première épître au chapitre 2, Pierre prend une image que je trouve parlante pour parler de ce désir de Dieu et cette faim ou cette soif de sa Parole : "Comme des enfants nouveau-nés, désirez le lait pur de la parole afin que, par lui, vous grandissiez pour le salut, si vous avez goûté que le Seigneur est bon..." (1P 2, 2-3) Est-ce que je désire vraiment, comme un nouveau-né désire le sein de ma mère, le lait spirituel et pur qu'est la Parole?

Oui chers amis, nous avons goûté ensemble lors de notre semaine de jeûne combien le Seigneur est bon. Combien il nous rassasie même sans nourriture matérielle. Combien il nous comble si nous nous confions en Lui. Combien il nous accompagne, chaque jour, dans les bons comme dans les mauvais jours, combien il peut être notre refuge.

Pourtant, depuis cette semaine de jeûne, le rythme effréné de nos vies a repris avec son lot d'activités. Et je me pose vraiment la question: ai-je toujours aussi faim de Lui ? Est-ce que, comme cela était le cas pendant la semaine de jeûne, je désire toujours autant sa Parole comme nourriture pour ma vie ?

Je me pose ces questions sans jugement ni Yaka ou Ifo, mais en repensant vraiment à la place de la Parole de Dieu dans ma vie. Et me revient en tête ce Psaume 16 que nous avions médité lors de la célébration de rupture de jeûne à Lutry et son dernier verset: Tu m'apprends le chemin de la vie : Devant ta face, débordement de joie ! A ta droite, éternité de délices ! Eternité de délice sur le chemin de vie avec le Seigneur: que cela puisse advenir pour chacun de nous! Amen!

Méditation dite aux jeûneurs 
lors des retrouvailles "patates en robe des champs et fromages", 
le 6 mai 2015


Faim de toi
« Seigneur, donne-nous faim de toi,
faim de cette vie de toute première qualité
que tu gardes en réserve pour nous,
que tu ne cesses de nous proposer,
avec ton infinie patience !
Nous voulons goûter à ton inépuisable paix,
cette amitié qui jamais ne tarit,
goûter amplement à tout ce bonheur
dont nous ne savons presque rien,
sinon qu’il est miracle.
Et si nous ne sommes pas encore en état de t’apprécier,
tu garderas intactes pour nous les bonnes choses de la vie,
jusqu’à ce que nous soyons capables de les vivre,
capables de manger de ce pain qui rassasie le coeur !
Seigneur, donne-nous faim de toi, encore et toujours ! »
   
D’après Lytta Basset « Traces vives », Éditions Labor & Fides