dimanche 19 juillet 2015

Face aux situations qui nous semblent sans issue, accueillir l'espérance

Lectures bibliques

  • Lecture de Genèse 18, 1-15
  • Lecture de Hébreux 13, 1-3.5-6

Prédication (inspirée du CBOV 2015 sur le trio de la promesse: Abraham, Sarah et Hagar)*

Chers frères et sœurs en Christ,

Vous le savez, la vie est un chemin, que l’on aimerait dreoit et rectiligne, mais qui, selon nos expériences s’apparente rarement à une autoroute toute droite et facile. Oui, parfois le chemin est difficile à trouver. Parfois dans notre vie, nous avons même l’impression qu’il n’y a plus d’issue possible, que l’on se retrouve dans une impasse. Chômage longue durée, maladie sans espoir, impuissance devant les difficultés de la vie ou incapacité à résoudre des problèmes. Souvent, nous sommes comme dans une rue sans issue : il n’y a pas ou plus d’espoir, c’est fini, c’est mort, comme disent les jeunes.

Même quand c'est mort, l'impossible peut devenir possible

Pourtant le texte de la Genèse que nous venons d’entendre nous dit que même quand il n’y a plus d’espoir, même quand tout nous semble « mort », stérile (donc sans fruit, sans vie), même dans ce cas-là, eh bien l’impossible est encore possible. Comme ce couple qui désespérait de ne pas réussir à avoir d’enfants qui, après avoir décidé de laisser tomber, découvrirent quelques mois plus tard qu’elle était enceinte ! Comme cet homme, malade, à qui l’on donnait à peine quelques semaines à vivres, qui vit encore aujourd’hui. Comme des petits miracles du quotidien qui opèrent discrètement : un avenir tout à coup se débouche…

Oh cela ne veut pas dire que c’est magique, automatique, et qu’il n’y a pas de souffrance. Tout le monde n’a pas toujours la chance de vivre un tel retournement, il faut en être conscient et ne pas gommer ces souffrances-là. Mais Dieu nous dit, à chacune, à chacun, sa promesse pour nous: « je suis avec toi, quoi qu’il se passe. Et il y a toujours un espoir. »

A Abraham et Sarah, qui sont bien avancés en âge, Dieu a promis un fils. Sarah rit, c’est vrai, elle ne peut que rire, incrédule : comment serait-ce possible ?

Nous aussi, souvent nous n’y croyons pas : comment serait-ce possible ? Pris par les sentiments négatifs dans nos vies, par la tristesse, la colère, ou l’amertume, parfois, nous n’arrivons pas à voir la présence de Dieu à nos côtés, à la recevoir.  Savoir accueillir, c’est savoir recevoir, comme nous le dit ce récit aux chênes de Mambré.

Genèse 18: un récit onirique d'espérance

J’aime ce récit un peu fou, quasi onirique, d'Abraham, Sarah et ces trois visiteurs, avec les choses qui s’enchaînent en si peu de temps, un peu comme dans un rêve, comme dans ce tableau de Chagall (ci-contre). J’aime voir cet Abraham se démener pour accueillir ces trois hommes, « pour refaire vos forces » (dit-il au verset 5: pour vous réconforter, soutenir votre cœur). Et c’est un retournement : en fait de réconfort, c’est Abraham et Sarah qui en sont comblés après la visite des voyageurs. Au fond, Abraham est récompensé pour avoir accueilli avec faste et respect ces hôtes qui s’avéreront par la suite être Dieu ! J’aime le rire de Sarah qui est ce lien entre le virtuel et le réel, au seuil de la tente, le rire est comme un lieu de passage : comment cela est-il possible ? La question centrale est donc bien celle que pose Dieu : « Y a t-il une chose trop extraordinaire pour le Seigneur ? »

Savoir accueillir, vivre en pratique l’hospitalité, c’est donc accueillir et recevoir la nouvelle que, même quand nous sommes dans une situation qui semble bouchée, sans issue, même quand nous avons perdu toute espérance, comme Abraham et Sarah, Dieu vient nous dire que rien n’est perdu. En fait, dans notre récit du jour, l’hospitalité, l’accueil, ouvre sur un avenir, opère un renversement, un déplacement…

Dieu fait irruption dans l'ordinaire de nos vies

Dieu annonce en effet qu’Abraham et Sarah vont avoir un fils, ce fils tant attendu et inespéré. En fait,
il leur dit qu’ils sont en quelque sorte au seuil d’entrer dans la terre promise avec la réalisation de la promesse qui semblait impossible. Mais cette réalisation prend des chemins inattendus… Au fond, comme Dieu fait irruption dans la vie d’Abraham et de Sarah par ces 3 mystérieux visiteurs, il fait irruption dans l’ordinaire de nos vies. Par un (ou des) visiteur(s). Par une rencontre, comme lors des jeudi de l’été où ce temple de Belmont est ouvert. Dieu fait irruption dans l’ordinaire de nos vies. Alors, l’histoire humaine, notre histoire, nos histoires, deviennent « extraordinaires », et Dieu y révèle le germe de sa présence.

Ainsi, par l’hospitalité, où l’on s’ouvre à l’inconnu, c’est parfois Dieu qui vient nous révéler le germe de sa présence, qui vient nous redire que tout est possible. Cela fait écho à ces versets de l’épître aux Hébreux : 1Que l’amour fraternel demeure. 2N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges. (et plus loin) 5Que l’amour de l’argent n’inspire pas votre conduite ; contentez-vous de ce que vous avez, car le Seigneur lui-même a dit : « Non, je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas ! » 6Si bien qu’en toute assurance nous pouvons dire : « Le Seigneur est mon secours,  je ne craindrai rien ; que peut me faire un homme ? »

L'hospitalité qui ouvre sur la présence de Dieu

L’hospitalité, en ouvrant sur le monde de l’inconnu, ouvre sur la présence de ce Dieu fidèle qui ne nous abandonne pas, qui est notre secours. « Non, je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas ! » Ce Dieu fidèle qui rend l’impossible possible, comme il l’a fait à la croix où la Vie a été plus forte que la mort (panneau sans issue Christ). « Chaque fois qu’on ouvre sa porte on s’ouvre soi-même à ce que l’invité nous offre. Je peux offrire à boire et à manger, mais je reçois toujours quelque chose de l’invité. » disait une campeuse du CBOV la semaine dernière (lors de la célébration ci-contre). Accueillir, c’est savoir aussi recevoir, se laisser enrichir et aussi se laisser déplacer par les visiteurs... et emprunter d'autres chemins comme sur ce panneau ci-dessous...

Dans notre paroisse, nous avons également à cœur d’accueillir, comme le décrivent les petits feuillets qui vous serons distribués à la sortie. Un feuillet pour redire l’importance de l’accueil de l’autre : savoir le recevoir sans l’étouffer ou le faire fuir, savoir accueillir ce qu’il peut nous donner. Le recevoir, comme si c’était un ange.

Que Dieu nous permette donc à tous d’ouvrir notre cœur et de vivre l’hospalité en vérité, en profondeur, en se laissant déplacer par les visiteurs, d’où qu’ils viennent, quels qu’ils soient ). Ainsi peut-être, nous pourrions accueillir des anges qui nous comblerons au-delà de nos espérances…

Amen.
Prédication prononcée le dimanche 19 juillet à Belmont

* = voir à ce sujet le Dossier Théologique du CBOV 2015 sur ce thème: DT2015

jeudi 16 juillet 2015

Je ne m'en vais pas je vole...

La vie n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Et Dieu nous réserve quelques surprises pour le moins... surprenantes! En février dernier encore, j'étais persuadé que j'allais faire 10 ans dans la paroisse de Belmont-Lutry, prêt à emménager dans une maison appartenant à la paroisse. Mais la porte que nous croyions sur le point de s'ouvrir s'est refermée, par deux fois, devant notre nez. Et comme me le disait un ami: "quand une porte se ferme deux fois devant toi, c'est peut-être un signe que tu dois te diriger vers une autre porte!"

Discerner l'appel de Dieu

J'ai prié. J'ai écouté. J'ai essayé de discerner l'appel de Dieu: que veux-tu, Seigneur? où me veux-tu ? Souvent l'appel de Dieu se fait ressentir, mais ce n'est pas forcément le chemin le plus facile, le plus confortable, qu'il nous invite à prendre. Il nous demande de dépasser nos peurs et nos inquiétudes, de quitter nos conforts pour le suivre... Pour moi aussi, ce fut le cas.

Alors soudain, tout a été clair. Et la lumière fut. Comme les pièces d'un puzzle qui enfin s'emboîtent les unes dans les autres: quitter le confort de Belmont-Lutry (confort professionnel dans une super paroisse, confort familial avec tout le monde autour) pour partir habiter dans la cure de Savigny, avec un mi-temps paroissial à Savigny-Forel, tout en conservant mon mi-temps régional "jeunesse". Même Sarah, pourtant réticente à habiter dans une grande cure (froide en hiver) était partante, et pas qu'à moitié! C'était le bon moment, le kairos, pour changer, pour prendre de la hauteur, et voler de nos propres ailes.

Prendre notre envol

Car après 5 belles années dans la paroisse de Belmont-Lutry, où j'ai vécu mon stage en 2010-2011 qui fut comme un feu d'artifice (sous la houlette de mon collègue et néanmoins amis JB Lipp), après 5 ans dans cette paroisse de mes débuts donc, 5 ans au coeur mes vignes de ma région (et de ma commune) d’origine, 5 ans dans mon cocon familial de Corsy, nous avons ressenti Sarah et moi l’envie de « prendre notre envol ». Aller plus haut, chantait Tina Arena.

Dès le 1er août, je serai donc pasteur de la paroisse de Savigny-Forel, à peine un peu plus au nord de Belmont. De « pasteur des hauts » de Belmont-Lutry, je passe à « pasteur de hauts plus plus » : assurément un sacré défi, tout en conservant mon autre mi-temps régional « jeunesse » ! Mais porté par tout ce que j’ai reçu, je peux partir le cœur empli de reconnaissance pour ces belles années, pour tout ce que nous avions partagé, avec la confiance que la paroisse va continuer à rayonner en témoignant de l’Evangile. Merci à chacune et à chacun !

« Je ne m’en vais pas, je vole », disait Sardou, dans cette chanson remise au goût du jour par le film
émouvant et profond "La Famille Bélier" : je m’envole avec en moi une part de ce que j'ai reçu de chacun, cette part qui m’accompagne et qui va m’inspirer pour la suite de mon ministère. J'en aurai besoin, c'est sûr, pour affronter ce nouveau défi (passionnant) qui est de reconstruire (ou construire avec mon souffle) une paroisse où l'ancien pasteur est resté 20 ans, ça fait un sacré bail...

La difficile transition à vivre dans la confiance

Cette période de transition, avec les cartons qui pointent à l'horizon, a été et est encore difficile à vivre. Non seulement l'attente est longue, j'ai hâte d'y être, et de prendre mon baluchon pour aller à la rencontre les gens, mais aussi je sais que 6 mois difficiles m'attendent, avec l'énergie qu'une arrivée implique, ainsi que l'organisationnel qui prend du temps, tout en tenant compte du fait que mon futur collègue paroissial ne me rejoindra qu'en février - avec une petite aide de remplaçants pour l'intérim avec ce 50% vacant. Pourtant, j'ai la foi, la confiance, que le Dieu de Jésus Christ, fidèle, chemine avec moi. Il m'a appelé à prendre la route du pays de Loups de Savigny, et me montre par différents signes que des paroissiens se réjouissent de ma venue. Un changement de vie à vivre donc dans la confiance dans le Christ Ressuscité.