dimanche 16 août 2015

En marche vers le Royaume

Prédication de mon culte d'adieux dans la paroisse de Belmont-Lutry (16.08.15)

Lectures bibliques

  • Genèse 12,1-5 
  • Matthieu 6, 25-34
  • Romains 12,1-2.9-15

Prédication dialoguée (avec JB Lipp)

Du fond du temple, Benjamin cherche le Royaume… De devant, JB l’appelle…

B : Vous ne l’auriez pas vu ? je le cherche… Non ?
JB : Benjamin ??? Benjaaaaamiiiin ??? 
B : Ah JB, euh attends, juste une minute, j’arrive…
JB : Tiens donc, ce genre de réponse, ça me rappelle mes enfants quand ils étaient ados … M'enfin, Benjamin, je te signale, à toutes fins utiles, que l'on doit prononcer la prédication de ton culte d’adieu... Tu ne voudrais quand même pas rater ça ???
B : Ouais ouais, j’arrive… (s’énerve) Oh mais c’est possible, je le cherche le cherche, mais je ne trouve pas… Tu sais pas où il est toi ?
JB : Ben si, élémentaire mon cher Whatsapson : « Demandez, on vous donnera ;  cherchez, vous trouverez ;  frappez, on vous ouvrira. »  (le doigt levé, le regard par-dessus les lunettes) Matthieu chapitre 7, verset 8 
B : Ah pasteur à lunettes, je t’ai pas demandé un verset biblique, y avait déjà assez avec les 3 lectures qui viennent d’être faites… Rho c’est pas possible…
JB : Mais qu’est-ce que tu tiens dans les mains ?
B : Mon bâton !
JB : Un bâton de berger ? Mmm, miam miam !
B : Mais non, c’est pas du sauciflard, c’est mon « bâton du consacré », aussi bâton de berger si l’on veut, je l’ai reçu à mon culte de consécration. Tu te rappelles ? D’ailleurs il me semble toi aussi tu vas bientôt célébrer ce culte à la cathédrale, c’est juste ? Pas une mince affaire…
JB : C’est le moins qu'on puisse dire, en effet ! Mais tu sais, c’est beau de voir le chemin de ces futurs consacrés ou agrégés. Voir des chemin de vie qui les mène d’un lieu à un autre, et parfois même d’un pays à un autre… Mais, bon, revenons à nos moutons, si tu veux bien !
B : Bon, pisque je trouve pas, je vais chercher ailleurs ! Allez, j’ vais chercher là-haut…
JB : Euh t’es vraiment sûr qu’on ne peut pas te retenir ici, un plus près du niveau du Lac?
B : (chante « Aller plus haut, aller plus haut, et dessiner ses souvenirs, aller plus, aller plus haut, et croire encore à l’avenir » )
JB : M'enfin, Benjamin, tu étais déjà pasteur des hauts de la paroisse de Belmont-Lutry, et maintenant, te voilà qui  veux être pasteur des toujours plus hauts !! Ici aussi,  nous sommes les serviteurs du Très-Haut !
B : Bah oui. Tu en entendu ce qu’a dit Dieu à Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va dans le pays que je te montrerai. » C’est un peu un appel de cette sorte que j’ai reçu de Dieu…
JB : Oui, oui, je vois bien : tu reçois donc un appel à quitter la terre de tes ancêtres, un appel à quitter les vignes de ton grand-père vigneron, un appel à quitter ton coin des Corb’ et puis Corsy pour aller… ailleurs ! Bon Savigny-Forel, ce n’est pas un autre pays, ce n’est pas Canaan !
B : Non, comme me le disait un ami : ce n’est pas l’Afrique !
JB : Ah ben ça, c’est sûr, ce serait plutôt le Pôle Nord régional, (un brin moqueur) c'est carrément un « pays de loups » que ton nouveau pays de Savigny-Forel !
B : Mais c’est un ailleurs, une autre population, une autre mentalité et Dieu me dit : Va et aie confiance ! Alors j’y vais, et j’ai confiance. Enfin, j’essaie ! ;-) Et, habité comme Abram par la promesse de bénédiction que Dieu nous fait, je continue ma route…
JB : … avec ta femme Sarah (et ton fils Elie),... Dis-moi, il est quasiment biblique ton voyage ! 
B : Oui, c’est vrai. Mais surtout, je continue à chercher… Mais là ça commence sérieusement à m’inquiéter…  Je cherche, je cherche, et ne trouve pas… C’est inquiétant non ?
JB : Mais t’inquiète pas, cher collègue et néanmoins ami (à moins que ce ne soit le contraire) ! Tu connais, comme moi, ce passage du Sermon sur la Montagne que notre Seigneur aurait pu prononcer sur ta Montagne : « Ne t’inquiète pas pour ta vie de ce que tu mangeras, ni pour ton corps de quoi tu le vêtiras. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regarde les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent point dans des greniers ; et ton Père céleste les nourrit ! Ne vaux-tu pas beaucoup plus qu’eux ?"
B : Ben oui, en bon Vaudois que je suis, je le VAUD bien, ce bien joli canton qu’on a : des veaux, des vaches, des moutons, du chamois, du brochet, du cygne ; des lacs, des vergers, des forêts, même un glacier, aux Diablerets ; du tabac, du blé, de la vigne (en Lavaux), comme le disait ce cher Jean Villard-Gilles.
JB : Ah, Gilles, je vois que notre jeune pasteur s'en va avec de bonnes références ! Alors c'est poétiquement prouvé : ne t’inquiète donc pas pour l’avenir, fais confiance dans ce beau Canton. Et même si je sais bien que c’est toujours plus facile à dire qu’à faire… Sois confiant. Et dans la confiance, il te faut chercher d’abord …
B : BEN OUI JE CHERCHE !!! C’EST CE QUE JE FAIS DEPUIS UN MOMENT, 5 ANS EXACTEMENT, ET JE CHERCHE TOUJOURS…
JB : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela - sous-entendu tout ce dont vous avez besoin, tout ce qui vous inquiète - tout cela vous sera donné en plus ! » Tiens ! … Tu as remarqué ? Ce n’est pas dit au singulier, c’est dit au pluriel : « Cherchez » ! E zed ! 
B : Ah, je vois ce que tu veux dire… C’est pour indiquer l’importance de la communauté, parce que dans cette recherche, nous avons besoin les uns des autres.
JB : Nous avons besoin de la communauté, c’est sûr et certain. Même chez nous, les protestants. Surtout chez nous, les protestants qui affirmons un lien personnel à Dieu. Certes, mais sans une communauté, la foi personnelle perd de sa saveur !
B : (tombe sur l’oriflamme du 850e) Oh regarde ce que j’ai trouvé ! C’est pas encore le Royaume, mais c’est un souvenir sympa !
JB : Joli ! L’oriflamme que nous avions réalisé ensemble pour la célébration œcuménique du 850e anniversaire de Belmont !  (JB lit les mots clés). Eh bien, tiens, voilà peut-être déjà quelques indices pour la poursuite de ta recherche...  
B : Attends, je descends, j’ai besoin de voir cela.
JB : Oui, c'est ça, reviens vers nous sur terre ! Je sais que tu aimes la hauteur, mais tu peux quand même condescendre à nous rejoindre, même si nous sommes pas à ton niveau de quête spirituelle !
B : Parce que… justement… je me demandais… si je ne trouve pas, c’est peut-être que je cherche mal… De quelle manière, comment chercher, tu sais toi ?
JB : Ben… c’est-à-dire que… 
B : Et l’ami Paul, qu’est-ce qu’il dit ?
JB : Paul Algento ? Le prêtre de Lutry ? Aucune idée… Je ne sais pas trop ce qu' Irak conte, notre collègue Paul ! 
B : Mais non, tu as écouté la lecture de l’épître aux Romains ? C’est tout un programme…  L’apôtre Paul commence avec : Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu.
JB : Se laisser transformer par Dieu ? Tiens, c’est peut-être bien la condition  sine qua non  pour chercher son Royaume. S'exposer au risque de se laisser transformer par Lui. 
B : Accepter que c’est Sa volonté et pas toujours la notre que nous avons à suivre, c’est ça ? 
JB : « Non pas comme je veux, mais comme tu veux », (le doigt levé) Matthieu 26, verset 39. Tout à fait cela. Mais pas facile à vivre…
B : Réécoute ce qu’a écrit l’apôtre Paul : Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection ; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur. Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière. 
JB : Amour, service, espérance, patience, persévérance, tout un programme…
B : Oui, c’est un texte d’une telle richesse… On pourrait faire 10 prédications dessus ! Mais j’aime particulièrement ce verset 12 : Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière. Pour moi, il est un peu ce chemin chrétien que j’essaie de suivre…  Et en ce jour où je prends congé de vous, chers amis, c’est tout ce que je peux vous souhaiter : de la joie dans l’espérance, de la patience dans la détresse ou les difficultés, et de la persévérance dans la prière. D’ailleurs mon petit doigt m’a dit que …
JB : Qu'est-ce qu'il t'a dit, ton petit doigt ? 
B : Il m'a dit que nos prières avaient été entendues puisqu’une jeune pasteure viendra à la fin de l’année pour me succéder, ainsi la paroisse sera enfin au complet au niveau de son équipe pastorale ! 
JB : Ah oui, pour une bonne nouvelle, c’est une bonne nouvelle ! Tu peux aller en paix ! (un temps)  Mais dis-moi, alors, tu vas continuer à chercher, là-haut sur la montagne… de Savigny-Forel ?
B : Mais crois-tu qu’on puisse jamais le trouver, ce Royaume de Dieu ?
JB : Alors ça, mon cher Benjamin, c’est une excellente question ! Peut-on jamais trouver le Royaume... ? (un temps) Je ne sais pas, peut-être bien qu’on le cherche toute sa vie. 
B : « On est catéchumène toute sa vie », disait un collègue. Au fond, le Royaume, il est peut-être justement à goûter sur le chemin, en marchant, en cherchant… ensemble !
JB : Pour ta route, Benjamin, voici un souvenir de notre paroisse : le cierge pascal que nous avons utilisé l’an passé. Que la lumière de Dieu qui a rayonné à Belmont-Lutry illumine ta route !
B : Merci ! Même si je peux en déduire que pour toi je ne suis pas une lumière, je suis heureux du symbole : j’emporte un peu de vous et de votre lumière et cela me sera bien utile, surtout dans les hivers froids de la cure de Savigny !
JB : Alors bonne route à toi, cher Benjamin et bonnes recherches à Savigny-Forel ! Bonne suite de route vers le Royaume !
B : Alors bonne route à vous, chers paroissiens de Belmont-Lutry, et bonnes recherches ici en route vers le Royaume… habités par la joie dans l’espérance, la patience dans la détresse et la persévérance dans la prière…
JB+B : Amen !


dimanche 2 août 2015

Discours du 1er août 2015

Mesdames et Messieurs les Savignolans, sans oublier les Savignorapides, 
Chers inconnus que je me réjouis de connaître,

Vous avez vu ? Tout change… D’abord, le pasteur qui était à Savigny depuis 20 ans, François Rochat, a quitté la paroisse, et me voici, jeune pasteur enthousiaste pour lui succéder. Et là, je lis dans vos yeux ébahis : « comment ? ce jeune gaillard il est pasteur ? » Vous croyiez sûrement que tous les pasteurs ressemblaient au Père Fouras dans Fort Boyard, c-à-d chauve, avec une barbe blanche, et un peu comme dans cette petite histoire que voici :

Lors d'un vol en montgolfière, les occupants se retrouvent soudain perdus dans une nappe de brouillard à couper au couteau. Le pilote perçoit un village en dessous de la nacelle. Il crie : « Où sommes-nous ? » Du village une voix répond : « Dans une montgolfière ! » Dans la nacelle, le pilote se retourne alors vers son coéquipier et lui dit :
- Ca c'était la voix d'un pasteur !
- Ah bon, et comment le sais-tu ? lui demanda son coéquipier
- Eh bien c'est simple ... Premièrement : il a une voix forte. 2èmement, ce qu'il dit est vrai. Troisièmement, ce qu'il nous a dit ne nous sert strictement à rien !

Alors c’est un honneur, pour moi, nouveau pasteur arrivé dans la commune depuis exactement 3 jours, de pouvoir donc vous adresser un message en ce 1er août, pour essayer de dire des choses certes vraies mais qui soient toutefois aussi utiles pour le quotidien, pour changer, contrairement à cette histoire !

Le changement, c’est justement un thème qui nous touche tous. Vous le savez bien, on vit dans une société de constant changement, tout va très vite. Si vous regardez le paysage d’il y a 50 ans et celui de maintenant, vous voyez un sacré changement. Si vous regardez les lampions aujourd’hui, avec cette malheureuse ampoule en LED, on est loin des bougies de ma jeunesse avec lesquelles on pouvait « allumer le feu » : là aussi ça a bien changé... Et dire qu’ils veulent encore nous changer notre bel hymne national, alors que cela ne fait « que » depuis 1961 que nous l’utilisons… Autour de nous, donc, tout change.
Dans nos vies aussi, suivant les âges, nous devons vivre des changements. Changement de lieu de vie (ah les déménagements et leurs cartons adorés), changement avec les étapes de la vie des enfants, changements d’emploi, réorientations, changements de vie, deuils de relations, de personnes ou de situations, etc. Que de changements parcourent notre chemin de vie !

En patriote que je suis, j’avais envie de vous citer la première strophe de la prière patriotique
Seigneur accorde ton secours
Au beau pays que mon coeur aime 
Celui que j'aimerai toujours 
Celui que j'aimerai quand même.
Le pays que j’aimerai, au futur, quand même. Je l’aimerai quand même, même si j’en suis parfois déçu, même si parfois je ne suis pas tout à fait d’accord. Même si c’est plus comme avant, même si tout fout le camp, si vous me passez l’expression, même si tout change, je l’aimerais quand même.
Dans la Bible, on ne dit pas qu’il ne va pas y avoir de changement, ou de difficultés, mais ce que Dieu nous dit, c’est qu’Il nous aime, quels que soient les changements, et qu’Il est fidèle, comme dans ce passage d’Esaïe (Es 43,4-5) : 4 tu as du prix à mes yeux, tu comptes beaucoup pour moi et je t'aime. (…) 5N'aie pas peur, je suis avec toi.
Le message que je vous apporte donc en ce jour est un message de confiance : n’ayez pas peur, quels que soient les changements, quoi qu’il se passe dans notre pays ! Car dans le changement, Dieu nous rappelle qu’il nous aime lui aussi « quand même », et en retour nous sommes appelés nous aussi à aimer « quand même », les gens autour de nous, qui parfois nous tapent sur les nerfs, aimer « quand même » notre patrie, et par cet amour à construire un pays de paix et de prospérité, de rencontre et de partage, d’ouverture et de solidarité. Un pays dont on puisse être fier comme avec cette bonne nouvelle que Lausanne va accueillir en 2020 les JO de la jeunesse ! Car vous le savez, Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres pour agir sur la terre. A nous donc de faire que Savigny puisse continuer à être un village accueillant, un lieu de vie où les familles, comme la mienne avec ma femme Sarah et mon fils Elie, puissent venir y faire leur nid, un nid là où ça vit, à Savigny !

Longue vie à la Suisse, et longue vie à Savigny ! Je vous souhaite un joyeux 1er août !