vendredi 27 novembre 2015

Au nom de la laïcité toute puissante... amen!

Ca y est, ça recommence. Une polémique est lancée dans la ville de Neuchâtel sur la présence "des sculptures en bois représentant Marie, Joseph et l'enfant Jésus et placées sous le sapin officiel de la ville". Navrant.

Noël sans crèche

Navrant. Au nom d'une toute-puissance laïcité, au nom du respect de chacun, on balaie le sens profond de Noël, on en évacue tout signification. Et que reste-t-il ? Un sapin et des boules, le Père Noël et ses boules, pardon et ses cadeaux. Une fête de la surconsommation. Une fête bling-bling. Une fête sans vie. Noël sans crèche, sans lieu où crécher, tout un symbole, à l'instar de Joseph et Marie qui ne trouvèrent pas de lieu pour mettre le petit Jésus au monde, si ce n'est... une crèche!

Pétition des jeunes UDC

Une pétition a été lancée par les jeunes UDC de Neuchâtel (https://www.facebook.com/photo.php?fbid=1030850110278727) et je pense que ce sera bien la seule fois de que je signerai de toute ma vie une de leur pétition. Cath-Info a aussi réagit ici: https://www.cath.ch/newsf/polemique-autour-de-la-creche-de-lhotel-de-ville-a-neuchatel/. Mais je trouve qu'il y a là un signe fort à donner: nous ne pouvons pas vider Noël de son sens, nous ne pouvons pas effacer des siècles d'histoire de ce pays au nom de la laïcité.

Et si c'est tout de même le cas, pourquoi maintenir les congés lors des fêtes chrétiennes ? Supprimons Noël, supprimons Pâques! Tout le monde au turbin et vive le Dieu de la consommation!

Au nom de la laïcité et de la consommation toutes-puissantes, AMEN.




mercredi 18 novembre 2015

Lettre ouverte à la RTS


Chère RTS,

L'actualité ne cesse de nous secouer. Les attentats de Paris du 13 novembre 2015, même s'ils sont plus médiatisés que d'autres dans le monde, touchent les Suisses avec une force sans précédent. A la télévision, un intervenant a même utilisé l'expression de "11 septembre européen". Oui c'est un séisme, un tournant pour l'Europe qui prend conscience que le terrorisme islamiste peut frapper aveuglément n'importe où, n'importe quand. Et devant notre porte.

Et toi, pendant ce temps, que fais-tu ? Tu médiatises l'événement, tu donnes la paroles aux personnes touchées, dans l'émotionnel notamment, mais pas seulement. Tu expliques aussi les racines géopolitiques de ces actes. Tu instruis. Tu joues ton rôle de télévision publique qui se doit non seulement de relayer l'information, mais aussi d'expliquer pédagogiquement.

Mais soudain, nouveau séisme: je viens d'apprendre que tu as décidé de supprimer tes émissions
religieuses, les magazines de fond. Et je dois te dire que je ne comprends pas. Comment peux-tu, dans ces temps troubles et troublés où la société devient de plus en plus a-religieuse, devenant de plus en plus étrangère à la religion, comment peux-tu faire cela ? Ne te rends-tu pas compte du danger sous-jacent d'une telle décision ?

Dans le communiqué de protestinfo, il est écrit ceci concernant les négociations en 2013. Tu te souviens, c'était seulement il y a deux ans...
Lors de la précédente négociation de la convention la direction de la chaîne se réjouissait de l’engagement des Eglises qui participaient à la «générosité de l’offre», selon le directeur des programmes, Gilles Pache, interrogé par Le Courrier en 2013. Il déclarait alors que les émissions religieuses «assument un rôle pédagogique indispensable». Et il ajoutait: «dans notre société en évolution elles peuvent contribuer à éviter des dérives islamophobes, par exemple.»
Mais que t'arrive-t-il ? Es-tu soudain prête à ne plus prendre en considération ce danger ? qui va prendre le relais de tes émissions "pédagogiques" pour éviter que l'on tombe dans l'amalgame et le fanatisme (anti-)religieux? Qui ? Dis-le moi. Je n'ai pas envie que ma Suisse tombe elle aussi si bas, et pour cela, nous avons besoin d'un service publique qui joue son rôle pédagogique. Un service public qui instruise, aussi et d'abord au sujet de la religion. C'est le dernier lien qui permet aux personnes éloignées de comprendre un peu ce qui se passe et d'éviter de basculer dans le règne de l'intégrisme et de la peur: la peur du religieux, la peur de l'autre, la peur de ce que l'on ne comprend pas. Et la radicalisation qui va avec. Car c'est bien cela un des buts de l'instruction: éviter les fanatismes.

http://www.rts.ch/religion/6335206-le-nouveau-portail-rtsreligion.html
Je peux bien entendre que tu as des difficultés financières. Mais comme le disait un ami, "supprimer le remarquable travail de l'équipe de RTSReligion, c'est bafouer à la fois une équipe qui tisse des ponts entre religions, montre la nécessaire tolérance entre elles, et à la fois bafouer le public au moment d'une soif spirituelle manifeste et d'un besoin évident de décoder le fait religieux qui emplit l'actualité." Tu ne peux pas nous laisser tomber, nous avons besoin de toi. Oui je suis dans l'émotionnel face aux froids calculs, car notre société n'est pas faite que de billets de banques, mais aussi de valeurs qui nous chères: ouverture, tolérance, compréhension de l'autre.

Chère RTS, je t'écris cette lettre ouverte en tant que pasteur, mais aussi en tant que citoyen suisse inquiet pour son pays. Le temps n'est pas aux coupes financières, l'actualité nous montre assez bien que nous avons besoin de toi et de ton décodeur des religions. Et ce n'est pas une question de laïcité, crois-moi, ni une question d'audience, mais bien une question de santé publique.

Je te demande donc, pour la santé de notre pays, de revenir sur ta décision dont les conséquences pourraient à terme être graves pour notre société Suisse.

Avec mes salutations fraternelles,

Benjamin Corbaz,
Pasteur