jeudi 22 décembre 2016

Prédication de Noël 2016: « Dieu vient dans un monde de violence nous apporter l’espérance »

Lectures bibliques

  • ·      Matthieu 2, 1-12
  • ·      Matthieu 2, 13-18

Texte : « Dieu vient dans un monde de violence nous apporter l’espérance »

Cette année encore, on fêtera Noël. Comme d’habitude. La petite musique de Noël s’est réveillée, la magie s’est enclenchée 



(sur la musique) Ca y est, on a sorti le sapin, les boules, le père noël qui n’a pas les boules lui, et y a même des chants qui tournent dans la tête.

Noël, c’est aussi la petite minute émotion que les publicités savent si bien nous dire en cette période de folle consommation. 



De la neige, un renne, mais surtout, acheter, acheter acheter, cadeaux, cadeaux cadeaux, tout cela avec la « on ne peut plus louable » justification de l’amour. What else ? 

Et puis les cadeaux nous rendent fous de joie, merci à la société de consommation de nous offrir tant de choses, même si elles ne sont pas toujours utiles.  



Ces choses, parfois, nous replongent en enfance. Je crois que cela se passe commentaire.


Ca, c’est le Noël des pubs, de la télé. C’est le Noël mielleux, qui sent bon les biscuits, la cannelle et l’orange, qui s’émerveille devant les cadeaux, tous plus beaux les uns que les autres. Je dois bien avouer que moi aussi, j’aime ce Noël, car c’est celui de mon enfance. Un Noël forcément un peu Bisounours.

Mais ce Noël-là remplit-il vraiment tout ? Si nous préparons la fête dans nos maisons, avec leurs lumières, des événements dans le monde parlent fort dans l’actualité.

D’abord ce drame humanitaire en Syrie, en particulier à Alep détruite par les bombes. Des milliers de vies ont été fauchées par la guerre. Quant à la population civile qui reste, elle vit une détresse indescriptible, quasiment coupée des approvisionnements. Des milliers de personnes se retrouvent sans foyer dans leur propre pays. Evidemment, les premières victimes de cette catastrophe humanitaire sont une fois de plus les femmes, les enfants et les personnes âgées ou malades, qui seront encore davantage exposés avec l’arrivée de l’hiver et de la neige.

Ensuite il y a bien sûr ce terrible attentat, encore, qui a eu lieu lundi. Mais cette fois ce sont d’autres symboles qui sont touchés : Berlin, ville allemande meurtrie et reconstruite, ville de réconciliation, avec l’église de la réconciliation à l’arrière-plan de la photo.  Cette fois, c’est un marché de Noël qui a été visé, et comme un symbole sur cette photo, le sapin et son étoile sont à terre, renversés qu’ils ont été par le camion fou.

Et il y en tant d’autres… Faut-il fêter Noël en oubliant un peu tout cela, en se bouchant les oreilles ? Dans ce monde de violence, ne sommes-nous pas impuissants ?

Eh bien je vais vous étonner. Ce sentiment que l’actualité nous échappe signifie que Noël, cette année, se déroulera effectivement comme d’habitude. Comme dès l’origine, lors du premier Noël. Nous l’avons entendu dans l’évangile de Matthieu qui est comme la face obscure de la nativité. Loin des gloria des anges et des bergers joyeux qui accourent, loin de l’histoire suave et touchante de la crèche, cette face de l’histoire résonne avec fracas dans un monde de violence. Pas moins que le téléjournal de Darius. Il y a cette colère d’Hérode qui, furieux d’avoir été berné par les mages, fait massacrer les bébés de moins de deux ans à Bethléem. Une liquidation comme il y en a eu et il y en aura tant d’autres. Jésus, né pauvrement, rejeté de toutes les auberges, est un enfant miraculé. Jésus, Yeshoua, veut dire « Dieu sauve ». Celui qui sera le salut pour tous les hommes a été bien fragile au début : il aurait pu être un détail de l’histoire. Il nait dans un monde de violence et de souffrance qui n’est pas sans annoncer son calvaire et sa mort sur la croix. C’est remarquable comme la Bible prend en compte nos réalités humaines. On est loin des bisounours.

Dans la Bible aussi, donc, entre la naissance merveilleuse et la terreur déclenchée par le roi Hérode surgit une tension. Comme aujourd’hui, entre la joie de Noël et la noirceur de l’actualité surgit aussi une tension. C’est cette tension qui a été représentée sur cette  image que j’ai choisi de mettre sur le feuillet, quitte à peut-être en choquer certains. Car le sens de Noël, c’est bien Dieu qui s’incarne dans bébé qui naît dans un monde de violence. De guerre. De mort. De rejet. De destruction. Un monde, en bref, de ténèbres, inexpliquées et inexplicables. On ne peut que se lamenter comme Rachel qui pleure ses enfants et ne peut être consolée.

De ces ténèbres jaillit pourtant une lumière. Oh bien sûr, elle est fragile cette lumière, comme une bougie dans la nuit. Une lueur. Presque un détail. Mais non : qu’est-ce qu’elle est importante cette lumière. Au fond, elle change tout. Car à la suite du nouveau-né de Bethlehem, c’est une brèche qui a été ouverte, une brèche d'où germe l'espérance, pour que la vie soit vie de plénitude pour tout un chacun, malgré la noirceur de ce qui nous entoure.

Même si trop de bourrasques de violence soufflent toutes les bougies allumées pour fêter Noël, même si trop de familles, de mamans avec leurs bébés doivent quitter les abris même précaires d'une crèche et fuir comme Marie et Joseph la cruauté des Hérodes d'aujourd'hui,  même si trop d'images d'injustice brouillent nos esprits,
le message de Noël, que Dieu est venu partager notre condition humaine pour être avec nous quoiqu'il advienne, reste plus que jamais d'actualité.

Alors à vous, chers amis, chers frères et sœurs en Christ, voici la bonne nouvelle de Noël: au milieu des ténèbres a jailli l’espérance, et cette lumière, même fragile est tout à fait concrète. Nous avons besoin les uns des autres, besoin de Dieu, pour nous soutenir, nous guider. Pour vivre notre humanité, nous avons besoin de donner, comme le montre cette publicité. 

 

Faisons un don pour ceux que la vie n’épargne pas. Donner, par exemple pour les habitants d’Alep, via l’EPER. Donner pour ceux qui sont seuls. Donner de soi. Allumer une bougie, faire un geste d’espérance. Ca peut paraître un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Car Noël est cette fête où le détail prend toute la place, parce que Dieu s’y révèle. Une fête où l’on découvre que des événements peuvent tonitruer dans l’actualité, mais l’essentiel se jouera ailleurs, dans une main qui se tend, une parole qui s’offre, un geste qui apaise. Le détail qui fait vivre.
Amen.

(Merci à Daniel Marguerat pour l’inspiration donnée par sa prédication dans le n° 74 de Lire et Dire)

jeudi 8 décembre 2016

Félicitations !

Message de la fête de Noël des aînés du 11 décembre 2016

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           
Félicitations !

Félicitations ! Je crois que je n’ai jamais autant entendu cette phrase que ces derniers jours ! Félicitations ! Normalement, on félicite quand on réussit quelque chose d’important, félicitations pour la réussite des examens ! Félicitations pour ton élection ! Félicitations pour l’obtention de ta nouvelle maison ! Félicitations ! Ou comme je disais quand j’étais petit : « toutes mes ficelles de caleçon » !

Et là, on me félicite de toutes parts, car je suis devenu pour la 2e fois papa. Félicitations pour ta petite fille prénommée Esther qui est née mercredi passé à la maternité de Vevey. La maman va bien, comme le papa d’ailleurs comme vous pouvez en juger. Et le grand frère aussi, enfin relativement, mais ça c’est normal !

Félicitations donc pour la naissance de ton enfant ! Oui mais… est-ce que je dois vraiment être
félicité pour cette naissance ? N’est-ce pas d’abord un cadeau qui m’est fait ? Quand on me félicite, j’ai envie de répondre: « mais j’y suis pour pas grand chose, vous savez ! » C’est vrai : qu’ai-je réellement fait pour qu’une telle vie me soit donnée ? Cela me dépasse tellement… Bien sûr, il y a l’amour que nous avons partagé avec ma femme, le soin que nous avons porté ensuite à ce bébé dans le ventre, puis l’accouchement qui fut douloureux pour elle et pour moi. Mais au fond, la naissance n’est-elle pas plus que tout cela ? La vie n’est-elle pas un cadeau, si fragile comme ce bébé, pour lequel nous pouvons rendre grâce ?

En cette période de Noël, en écho à ce que je vis, je me pose la question : a-t-on félicité les parents de Jésus ? Vous imaginez vous, les bergers et les mages qui arrivent dans l’étable auprès de Marie et Joseph, avec le bébé Jésus, et qui leur disent : « félicitations ! ». Marie et Joseph auraient peut-être répondu : « mais on y est pour rien, c’est Dieu qui nous a choisi pour être ses serviteurs. Euh… c’est lui qu’il faut féliciter ! ». Oui c’est Dieu qu’il faut féliciter pour la vie qui est donnée par les bébés qui naissent, et surtout pour la Vie avec V majuscule donnée par son fils Jésus qui est le Christ et la lumière du monde.

Féliciter Dieu, au fond, c’est lui dire merci. Lui rendre grâce. Lui exprimer notre reconnaissance. Merci pour la vie. Merci pour l’amour.

Alors en ce jour, je vous propose d’avoir un regard positif sur votre vie, de voir la lumière plutôt que l’obscurité. Malgré les difficultés que vous pouvez éprouver, expérimenter, dans votre quotidien, je vous propose en ce Noël 2016 de rendre grâce à Dieu pour la vie qui vous a été donnée, pour celle de vos proches, pour celle des bébés comme Esther qui naissent aujourd’hui encore.

Alors au lieu de dire « félicitations », j’aimerais vous inviter à dire plutôt « merci Seigneur ! ». Merci Seigneur pour l’amour que tu nous donnes à travers Celui qui est la vraie lumière et dont nous célébrons la naissance à Noël. Merci parce tu t’intéresses à nous, toi qui te fais proche de nous en t’incarnant dans un tout petit bébé, si fragile, dont la vie nous dépasse. Merci pour la vie, permets-nous de faire du temps qui nous est accordé quelque chose de beau, de lumineux, de donner de l’amour et de la joie autour de nous, car nous en avons tous bien besoin.

Oui, chers aînés de la paroisse, voic mon vœu pour vous cette année : que Noël soit un temps d’amour, de reconnaissance et de joie où nous puissions dire, non pas « félicitations », mais : « Merci Seigneur » !

Amen