mardi 24 janvier 2017

Discours de la Commémoration Indépendance vaudoise 2017

Mesdames, Messieurs en vos titres et fonctions, 

Tout d’abord, je tiens à vous remercier de me donner la parole ce soir. « Dans cette vie suvoltée menée à 100km/h, que reste-t-il comme temps de réflexion et d’analyse des choses avec une certaine sérénité ? » pose comme question en ouverture Rémy Richard dans son introduction du petit livret de cette soirée. Oui nous vivons des vies de fous, avec des agendas de ministres, et j’en sais quelque chose, puisqu’on m’appelle parfois encore « Monsieur le ministre », souvent avec un petit sourire en coin. Merci donc de me donner la parole ce soir, pour un temps de réflexion et d’analyse, dont nous avons bien besoin avec nos vies de fous.

C’est un honneur pour moi, pasteur dans la paroisse réformée de Savigny-Forel, et Vaudois quasi pur souche comme vous l’entendrez à mon accent « bien de chez nous », de pouvoir prendre la parole et d’assumer la lourde tâche de vous adresser le message de l’Eglise. Vous prenez un risque ! vous connaissez la différence entre un pasteur et un trolleybus ? Eh bien le trolleybus, lorsqu’il perd le fil, il s'arrête, lui.

En préparant cette allocution, je me suis posé la question suivante : au fond, qu’est-ce qui fait la spécificité du canton de Vaud ? Notre fameux papet que le monde entier nous envie ? Nos fameux clubs de foot et de hockey sur glace et notre fameuse capitale olympique ? Notre fameux « quart d’heure vaudois » ou notre fameux apéro dans le carnotzet avec un Chasselas bien de chez nous ? D’ailleurs c’est curieux que les Chinois aient débarqué mardi dernier en Lavaux, eux qui ne boivent que du thé.... Ou encore notre fameuse pudeur toute vaudoise,  comme le disait Jean Villars Gilles : Le Vaudois, la chose est certaine, n'aime pas les mots trop précis; leur exactitude le gêne sauf s'il s'agit de trois décis. Au fond, le Vaudois est un bon gaillard, plutôt un taiseux, et, vous serez d’accord avec moi, « Y en a point comme nous » ! Mais ce qui fait aussi la spécificité des Vaudois, c’est que nous vivons, sauf erreur, dans le seul canton romand qui s’appelle encore «pays» – le Pays de Vaud. Comme nous le rappelait feu notre conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz, notre canton est bien un pays complet dans la mesure où il produit tout (le sel, le pain, le vin) et offre tous les paysages de Suisse (Alpes, Préalpes, Jura, Plateau et bien sûr son lac). Un pays. Et c’est bien connu, on est mieux dans un pays qui vaut plutôt que dans un canton qui valait, n’est-ce pas Monsieur Nantermod ? Parce que je le VAUD bien, au présent, disait une pub.

Le Vaudois a un humour bien à lui, qui joue sur le non-dit et la litote. On ne dit pas «j’aimerais boire un verre», mais «je ne suis pas contre». « Quelle cramine : Y fait un rien tant chaud ces jours mais notre cœur vaudois nous réchauffe », me disait un ami sur mon mur Facebook. Et puis je me souviens de la déclaration du joueur du LS Christophe Ohrel après la finale de coupe à Berne en 1998 contre St-Gall. Devant plus de 10'000 Vaudois, le joueur dira à la presse : de voir autant de public vaudois, j’ai été DECU EN BIEN ! Le répertoire humoristique vaudois compte aussi une variété infinie de qualificatifs pour désigner l’idiot: topio, niolu, taborniau, toyet, niobet, nianiou, bofiot, bedoume, alapiat, agnoti, etc…

Mais puisqu’il n’y en a aucun parmi nous, parlons sérieusement. Ce qui fait notre spécificité de Vaudois, n’est-ce pas: « liberté et patrie », cette liberté qui nous est chère (et cette patrie aussi) ?

Et qui a pensé à « notre constitution » ! Oui, pour moi, vous allez dire que je prêche pour ma paroisse, mais ce qui fait une spécificité majeure de notre bien joli canton, c’est cette dimension spirituelle reconnue par l’Etat avec notamment les deux Eglises, catholiques et protestantes, qui sont reconnues de droit public.  Rappelez-vous des articles 169 et 170 de notre consitution, que vous connaissez, j’en suis sûr, par coeur :
Art. 169 Principes
1 L’Etat tient compte de la dimension spirituelle de la personne humaine.
2 Il prend en considération la contribution des Eglises et communautés religieuses au lien social et à la tranmission de valeurs fondamentales.
Art. 170 Eglises de droit public
1 L’Eglise évangélique réformée et l’Eglise catholique romaine, telles qu’elles sont établies dans le canton, sont reconnues comme institutions de droit public dotées de la personnalité morale.
2 L’Etat leur assure les moyens nécessaires à l’accomplissement de leur mission au service de tous dans le canton.

Aujourd’hui, plus que jamais, l’actualité met sur le devant de la scène la dimension religieuse. Au terrorisme qui prend le prétexte de la religion, à la peur qu’il engendre, quelle réponse donner ? En ce 500e anniversaire de la Réforme et de l’affichage des thèses de Martin Luther, rappelons-nous de l’héritage prostestant. Celui-ci, incarné par des personnes comme Marie Durand ou Martin Luther King, ou encore le Major Davel, invite à résister, notamment à ce qui défigure l’image de Dieu. Protester, cela veut dire « attester en faveur de ». Protester pour l’humain, et contre tout ce qui le défigure : les aliénations, les totalitarismes, les oppressions. Cet héritage, c’est la liberté de pensée, l’esprit critique, l’ouverture et le dialogue.

Ces valeurs de mon héritage protestant sont aujourd’hui plus que jamais essentielles à notre société qui a bien besoin de repères. Et les Eglises, catholique et protestante, comme le dit la Constitution, contribuent justement au lien social et à la transmission de valeurs fondamentales. Ne l’oublions pas : les Eglises sont des acteurs d’intégration.

Alors notre spécificité vaudoise ne serait-elle pas celle de la dimension religieuse qui intègre et qui pourvoit des valeurs ? Celle qui rappelle la liberté de l’humain mais aussi sa responsabilité devant la création et les autres créatures. Celle qui offre des repères par l’ouverture, le dialogue, l’amour du prochain et l’accueil de chacun tel qu’il est.

Aujourd’hui plus que jamais, pour lutter contre les intégrismes et les peurs qui vont avec, nous avons besoin de chacune et de chacun. Merci pour votre engagement politique, chacun à votre niveau, pour que nous vivions dans un pays libre et en paix : c’est là votre responsabilité. Merci pour votre soutien à nos Eglises pourvoyeuses de sens et de repères : c’est là notre responsabilité. Merci de faire de ce bien joli pays de Vaud un lieu de paix confessionnelle, d’intégration et d’ouverture spirituelle pour que nous puissions vraiment dire : Y en a point comme nous !


Que Dieu bénisse notre pays et notre canton de Vaud ! Je vous souhaite un joyeux 24 janvier !

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